Single

Les femmes préfèrent les femmes
(sortie 2010)




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Dans cette page :

Couverture, Quatrième de couverture
Extraits choisis

Chapitre VIII
Le Douzième Évangile
Chapitre XXXIX
Il faut engueuler le soldat Dieu

Table des matières

Voir notre flash (en construction) et revenir…




Quatrième de couverture


Mélissa, obsédée sexuelle notoire et reporter vedette du plus grand Zine des États-Unis d'Europe se voit confier par sa rédactrice en chef une mission super-dangereuse : remonter le temps avant Evène (Avant les Événements) et découvrir "Ce que les femmes préfèrent". Elle y parviendra avec l'aide de Dieu (que la traque théologique des Américains a fait chuter dans le contingent) qu'elle tentera de séduire et de Des Ombres, un compositeur aussi énigmatique que romantique qui, sans le savoir, est à l'origine de l'Univers. Le joueur masqué (Dieu ou l'auteur) joue avec Mélissa comme avec une balle de flipper. Elle est envoyée dans le New York des années 60 et déjoue les avances d'un certain Salman Rushdie, participe à la plus grande rave lesbienne de Californie où elle baise un requin, se trouve à Wall Street chez l'infâme Fuld aux débuts de la crise, est enlevée par la terrible nazie Hannelore et sera torturée dans une île grecque par les Bitenberg, maîtres du monde. Elle passe également en Allemagne, à Stuttart, là où un apprenti sorcier joue avec les pouvoirs de la musique. Au final, on descendra le Ruban O' (le Temps) de quelque quinze milliards d'années pour assister à la formation de la soupe primitive et des lois qui vont la régir pour nous donner naissance. Une occasion unique pour Mélissa de modifier le futur… et de revenir régler ses comptes. Dès le début on bascule dans une société de femmes et le titre de l'ouvrage fait penser à un L World, un monde de lesbiennes déchaînées. La conclusion sera plus subtile mais chut… nous n'écrivons ceci que pour vous mettre l'eau à la bouche. Le récit est souvent dramatique ou rêveur, usant du temps gelé ou suspendu, mais il reste fidèle au style série noire ou à celui du Privé à la Chandler ne ratant aucune occasion de placer une bonne punch line. Le détective cosmique est une femme, une agitée, une séductrice, une folle de sexe bien dans la peau des autres toute race et couleurs confondues. Au fil de ce roman, Mélissa qui est l’interface sexuelle universelle, va sacrément évoluer… Les livres de Jacques Guyonnet ressemblent à une immense fourmilière ou à un labyrinthe géant dans lequel, au fil de douze romans, des personnages et des thèmes se croisent, se reproduisent et jouent à cache-cache les uns avec les autres en défiant toute chronologie. Dans celui-ci, Mélissa écrit malgré elle le Douzième évangile et l'auteur se dévoile en proposant ses Mémoires d'Ante Tombe, nous dit quelques mots de son parcours.



Chapitre XIII


Le 12e Évangile



- Commande-toi du café, du bacon et des œufs brouillés, dit Dieu, c’est comme ça que les gens d’ici se nourrissent.

C’était une aube blafarde sur Manhattan, quelques taxis jaunes esseulés passaient, les rues crachaient toujours de la vapeur, on s’était retrouvés chez Dominik’s Place, au coin de la 23
e et de Lexington, dans un de ces bars “diner” américains immortalisés par les séries B, un patron mexicain soupçonneux et avachi, une serveuse aux seins trop comprimés et des rangées de tables avec du formica blanc et des banquettes en simili cuir rouge. Je regardais tout ça avec incrédulité, les ex-maîtres du monde avaient-ils vraiment vécu dans un univers aussi déprimant? L’Amérique avait été un foutu village Potemkine, mais ou se cachait la race des Saigneurs?
- Pas très loin d’ici, fit mon copain, mais ça ne vaut pas le détour. Ils ont du vrai cuir, du vrai marbre, des filles plus jeunes, des serviteurs et encore plus de problèmes insolubles. Ils exportent leur misère vers le restant du monde, déguisée en rêve… américain. Tu ne t’y ferais jamais, d’un autre côté je ne pense pas que tu restes longtemps ici.
Je me secouais. Quelque part je me sentais détendue et satisfaite. Repue, même.
- Tu peux le dire, fit mon compagnon avec un petit sourire, tu t’es éclatée comme un vrai Big Bang féminin à toi toute seule. Je crois que ces gens ont eu une révélation. Normalement c’est moi qui l’apporte et j’avais commencé le travail. Mais non, Mélissa, c’est toi qui la leur as apportée
! Tu me fais penser à Linn’ et même à Ishtar, qui n’avait pas un excellent caractère.
J’étais intriguée. Pour autant que je le sache, Dieu n’était pas un expert en sexe et en érotisme. Et voilà qu’il semblait approuver mon inconduite. J’avais littéralement saccagé filles et mecs à Sullivan Street. Avec l’éclatante confirmation de mes dons de jouisseuse. S’il y a une chose que je sais faire - à part être la meilleure en tout - c’est d’extraire de chacun la moindre goutte de plaisir, n’allez pas le répéter
: je suis un vrai vampire. Mais une gentille, je n’ai jamais tué personne, je suis peut-être un peu exténuante. Je crois qu’il y a en moi un principe de vie qui a perpétuellement faim. Là, était peut-être la réponse à ma quête, ce que les femmes préfèrent c’est jouir! Mais il me reprit, suivant mes pensées avec une sorte de tendresse.
- As-tu l’impression d’être dans un lieu magique
? me demanda-t-il.
- Sûrement pas, impulsai-je. C’est cool parce que tu es là, mais ça suinte une tristesse pas possible, tu ne trouves pas
? Sûrement pas un endroit pour faire des miracles.
- Eheh… fit-il songeur, en es-tu sûre
?
Je fis signe que non, pas très convaincue.
- Il existe une vieille tradition, reprit-il après un long silence, qui veut que le merveilleux s’accomplisse dans le pauvre, le banal, l’ordinaire. Je me souviens de ce Borgès qui pour l’approche du divin parle d’un rideau de perles bon marché, je revois encore Gilgamesh, roi de Babylone, qui s’accomplit dans la pauvreté et le désert
; je n’ai jamais aimé la maison prétentieuse que Pierre et ses représentants actuels se sont fait construire à Rome, je n’y suis pas, je n’y ai jamais été; le luxe cher aux hommes à toujours servi à les aveugler et augmenter leurs souffrances. Ne sous-estime pas la banalité de ce lieu, même si nous ne savons nullement ce qui nous y a conduits, chaque chose prend un sens, nous sommes sans doute plus proches de ta solution que tu ne crois.
Je l’observais, je n’arrivais pas à m’imaginer ce bar minable en carrefour des probables et des miracles. Fallait être divin pour voir ça. À ce propos je me suis demandé s’il connaissait la suite de mon histoire. Pour être renvoyée avant Evène j’étais tombée en disgrâce. Pas le moindre doute là-dessus. Que me reprochait Big Mama W
? Ma beauté? Ma sexualité débordante? Mon talent? Le fait qu’à moi seule j’anime la rédaction de son foutu Zine? Je suis sûre qu’elle supportait encore moins mes éclats de rire que mes conquêtes de sexe. Dieu avait toujours été censé connaître les allées du temps, il devait savoir ce qui m’attendait. Je lui posai la question, il haussa les épaules.
- Je ne suis pas Qui tu imagines, dit-il. Et même, quand je regarde l’agitation du monde avec un peu d’acuité, je vois effectivement ce qui va se passer. L’ennui c’est que j’en vois un grand nombre de versions. Il n’y en a aucune qui soit moins probable ou, si tu préfères, il y a beaucoup de versions de toi dans le futur et elles se ressemblent.
Je connaissais ça. C’était en plein dans le mille de l’illusion quantique et des états superposés
! Il n’y avait pas une Mélissa de Schrödinger, il y en avait un régiment. Je manquais totalement de décohérence, nous autres les journalistes d’après vène nous sommes familières avec ces termes, même si la majorité des rédactrices n’y comprend rien. Il me dévisagea de manière intense et reprit:
- Sois toi-même avec force, c’est la meilleure conduite à tenir dans ces réalités. Je ne puis te tirer les cartes ni prophétiser, tu sais bien que ce sont des sottises qui se sont accumulées après mon acte fondateur.

J’en fus super-remuée. Son acte fondateur
? S’il y avait un scoop unique au monde c’était bien de Lui demander en quoi avait consisté Son acte fondateur. Quelque chose me dissuada d’attaquer frontalement, j’espérais qu’il ne lisait pas trop dans mes pensées mais je ne m’en faisais pas trop, les pensées des filles sont difficiles à cerner, à l’inverse de celles des mecs qui sont trop prévisibles.

- Et si tu me parlais un peu de Toi, l’interrompis-je avec une fausse candeur et une vraie majuscule. Tu as perdu ton cône de silence
?
Chaudement, sournoisement, le désir me reprenait. J’avais envie de Lui. Avouez que je ne suis pas possible. Ce sont les mâles qui vivent en état de rut perpétuel. Nous les filles, une fois par mois quand tout va bien. Mais rien à faire, je bandais (les filles bandent, évidemment vous n’étiez pas au courant) et ne pensez surtout pas que j’avais envie d’entrer dans un quelconque livre des records. Mélissa, la fille qui a baisé Dieu
? Quelle sottise, j’éprouvais de l’amour pour lui, il était super-mignon et attirant, il avait ce quelque chose qui manque aux hommes de mon temps, c’était peut-être un mec féminin après tout? Le fait qu’Il m’ait abordée sur Denfert après mon altercation avec BMW me restait inexplicable. Pourquoi moi? L’article que j’allais pondre, ou qu’il allait me dicter serait-il un évangile? Si oui je décrétai que ce serait le douzième évangile. Je ne sais pas pourquoi ce chiffre s’est imposé à moi et je m’en fous. Personne ne s’est jamais mis d’accord sur le nombre des évangiles chrétiens ou gnostiques, bien malin celui qui me contredira. Je pensais comme un compositeur en fait, douzième évangile ça sonne bien! Je le dévisageai et attendis la suite.
- J’ai mieux. Et je te parlerai de moi, dit-il d’un air malicieux.

Je ne vous l’ai pas dit, il avait progressivement abandonné l’identité de Birnbaum pour revenir à celle que j’avais connue sur Denfert. Un vieux monsieur aux cheveux blancs, aux yeux bleus malicieux. Je fis un effort hallucinant pour ne pas l’interrompre - c’est un de mes défauts, je coupe tout le temps la parole à tout le monde - et attendis la suite.

- Je te parlerai de moi, mais avant je veux te donner quelque chose qui te sera utile. Il se peut que nous soyons séparés, même provisoirement, et je vois que tu as besoin d’aller chercher un gros tas d’information.
Il sortit de la poche de son veston une petite pierre verdâtre et me la tendit.
- C’est une amazonite. Elle n’a rien de particulier si ce n’est une certaine affinité avec les chronons, une particule que les savants de ton temps connaissent encore assez mal. C’est d’elle que je me suis servie pour t’embarquer avec moi ici. Garde-la, elle va te servir à naviguer un peu, du moins pour les petits sauts. Tu dois t’approcher beaucoup plus de ce que tu nommes Evène. Quand sera venu le moment du grand pas je serai là.
J’étais ravie et furieuse, Un peu craintive même.
- Oh
? Mais Tu ne vas pas me laisser seule ici? fis-je avec ma voix de petite fille esseulée.
En général ça marche. Mais Il fit comme s’il n’avait rien entendu.
- Cherche Evène, dit-Il à trois reprises, cherche le bien, Je m’absente un instant.
Je me suis attendue à Le voir opérer un fade out, comme dans les films mais pas du tout. Il se leva et d’un pas guilleret sortit par la porte de cet infâme boui-boui. Refermant la porte avec douceur. Je restais un instant pétrifiée puis me ressaisis. Je n’allais pas Le laisser filer comme ça. Je me précipitai vers la sortie et me retrouvai dans le froid. À perte de Lexington… rien. La même chose pour la 23
e rue. Une brume vacharde traînant dans une ville fantôme. Un taxi jaune passa avec lenteur, comme un squale désabusé.

Je rentrai, furieuse, me commander un œuf au plat de plus. Et un café bien fort, ce qui en Amérique n’existe pas, je l’ignorais. Après quoi je suis allée vers le patron et je lui ai demandé comment un vieil homme fait pour s’évaporer en plein Manhattan. Ça a eu l’air de le secouer. Il a éructé, expulsant un problème stomacal pas piqué des vers et, tout en projetant rageusement sur les murs tout ce qui lui tombait sous la main avec un accent effroyable, baveux, à perte de souffle, m’a dévidé d’une traite, ce qui suit, avant de disparaître sous le comptoir, sonné, mort à vie probablement
:

Dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De l’Univers, infusé d’astres, et lactescent,
Dévorant les hautes températures
; où, flottaison blême
Et ravie, un atome pensif parfois se marie.

J’avais réussi à éviter les éclats de verre et diverses soucoupes volantes, ça ressemblait à un poème et, quelque part, dans ces lacs de feu qui peuplent ma mémoire, je savais ce que c’était. Oui, ça me disait quelque chose. Par exemple que ce mec se shootait à mort. Ou que quelqu’Un le parlait. Ou s’amusait à faire des collages. Mais Qui? Je n’ai pas eu le temps d’y réfléchir ni même de prendre mon FemmeTouch, une silhouette famélique et inquiétante s’est dessinée derrière les vitres de la porte. J’ai eu l’impression de voir Zeke le loup arpenter les rues de Manhattan. La porte s’est ouverte, la chose est entrée et est venue directement sur moi. C’était l’Indien. Ce Salman Rushdie qui me les avait tellement broutées à la party de Sullivan Street. Il avait des yeux entièrement jaunes et globuleux, j’y déchiffrai sans peine une intention hostile, voire entropique.

Vous auriez fait quoi à ma place
? J’ai pris l’amazonite et je l’ai serrée très fort dans mes deux petites mains.

Le douzième évangile attendrait.




Chapitre XXXIX
Il faut engueuler le soldat Dieu

(Récital)

Je suis sortie d’un bec de pieuvre large comme une étoile de mer et, recrachée, ai exécuté un impeccable roulé-boulé tout en me débarrassant des filets de slimequi s’accrochaient à mes vêtements pour atterrir aux pieds de mon divin copain. Furax! J’étais furax. J’ai fait ce que toute femme fait dans ce cas-là, je me suis campée devant lui, les poings sur les hanches et j’ai commencé à balancer. Avoir interrompu ma romance avec Jacques? Impardonnable. Je commençais à comprendre pourquoi, dans le temps, les gens le maltraitaient tellement. Allais-je, de colère, crucifier le Père? Voilà qui ferait du bruit, je serais en prime time jusqu’au restant de mes jours et finalement les mecs, les mecs…
Il interrompit ma douce rêverie.
- Je ne t’ai pas tout cassé
! protesta-t-il. Tu vas le retrouver, fais-moi confiance, Mélissa, n’arrête pas le processus en cours, trop de choses en dépendent.
Trop de choses en dépendent
! Çui-là!
Je m’étais laissé dire que les Anciens et les Juifs aimaient insulter Dieu. Dans le temps. Les Anciens, les Juifs et les Anciens Juifs pour qui l’interpellation était une tradition. Leurs écrits en résonnent. Moi, j’étais effondrée comme vous pouvez l’imaginer. Ma vie avait basculé, j’avais rencontré l’amour et… Il m’avait rappelée. Pas juste
! trop dur! Je le regardai de travers et décidai sur le champ de le rétrograder à la deuxième place de mon Top mec. Au fil de mes pleurs et de mes rages j’avais réalisé qu’une autre Mélissa était née, qu’elle était - si fille se peut - peut-être encore plus divine que la précédente et que se passait-il? Mon vaste copain arrivait avec sa faucheuse et balayait tout. J’allais tomber dans un de mes monologues imprécatifs, je le sentais venir, gros comme ça; vous avez eu droit à mes rebuffades et je sais qu’une vaste majorité d’entre vous a pris fait et cause pour moi, vous avez eu droit à mes excuses et eu la chance de découvrir l’arbre gynécologique de mes strings (encore que cette appellation manque un peu d’a posteriori), je n’arrête pas de vous balader dans mon intimité, je vous gâte et voici que vous surprenez la fille la plus centrale d’après Evène, celle qui baise le monde et qui va se taper Dieu, remise en question par un simple mec qui pond une musique à faire tomber votre trésor ovulien en bloc dans vos trompes de salopes, quoi de plus? Dieu a besoin de se faire engueuler et il venait de trouver la bonne personne. Je me suis donc campée devant lui, ne perdant pas un pouce de ma taille moyenne, les poings sur les hanches et j’ai entrepris de l’inonder de ma verve féminine. En général c’est dévastateur.
- Tu sais que je t’aime (on commence toujours comme ça) et tu connais très bien mes projets à ton égard, d’ac ou pas d’ac c’est pas une raison pour me traiter comme tu viens de le faire et là, foi de Mélissa, je vais te demander des comptes, tellement serrés que tu vas en avaler ta Genèse. Parce qu’enfin tu es censé faire du bon boulot, même avec une petite nana insignifiante comme moi et je te le dis tout à trac, t’assures pas, t’assures plus depuis une paye, je suis même pas sûre que t’aies assuré depuis que tu as inventé le Temps. J’arrive à l’instant d’un monde dans lequel on massacre des Irakiens, des Africains, des gens trop bronzés tout ça pour favoriser un monde de conasses parasitaires qui ne pensent qu’à rôtir leur carne au soleil, on emprisonne des civils et des pauvres en sous-main, on prépare une crise qui va mettre les gens à mal, les médias désinforment tout le monde, je me suis quasiment pris une grippe aviaire au passage ou un ebola gay, je ne sais pas comment te le faire réaliser mais tu crains, tu as la cote la plus infernale possible (excuse du rapprochement) et l’Amérique, de qui on parle beaucoup trop et qui n’est qu’un pays en trompe l’œil et où je sais que tu vas encore une fois m’envoyer dans quel dessein je ne sais pas, est dirigée par un criminel et c’est parti pour durer, soldat Dieu qu’est-ce que tu fous
? Je te le demande et je t’assure que derrière moi les rangs vont se former et que tu as intérêt à répondre, je sais, je sais, je sais que c’est pour une histoire d’amour que je suis en pétard et que je t’agresse, je sais, je sais, je sais ça pourrait être pire mais pour le moment je ne vois pas de cause plus urgente que la mienne et tu ferais bien de me renvoyer d’où je viens parce que là, j’y ai perdu beaucoup de mes défauts et gagné tant de choses, c’est un monde dans lequel je ne baiserai pas un requin ni même Toi, je t’aime tu le sais mais ne me ressors pas la vieille tirade des cathos de mes fesses (et encore ils n’en ont jamais eu ni les rondeurs ni la perfection) pour me dire que je ne TE chercherais pas si je ne t’avais pas déjà trouvé - je me suis demandé à quoi ressemblait tes apôtres et dans les couloirs du Temps je suis passé rendre visite à Paul le nabot, celui qui parle en ton nom tu sais? c’est un pur porc protomysogine et il pue de la gueule, j’ai vu François aussi mais lui, par contre est sympa, un peu paumé, il manque d’hygiène, tout ça très choquant pour une pauvre fille d’après Avène - et que si je te hurle comme une louve au clair de fesse et que j’essaie de t’emmerder avec ces digressions stupides c’est parce que je vois ta splendeur et que je t’aime, bien sûr que je t’aime, tu es toujours dans mon top 2 mais maintenant je te somme de m’expliquer pourquoi diable tu m’as obligée à pister Jacques, tu ne le savais pas encore mais lui et moi maintenant on se tutoie, j’arrive à supporter sa musique (c’est pas le grand amour ça?) et je l’appelle par son prénom dès que je suis tendre ou furax ce qui va de pair chez moi, Dieu, pourquoi as-tu introduit un paramètre Des Ombres dans une histoire à la fois simplette et insoluble car à l’origine on m’envoie dans le passé pour écrire un article sur ce que les femmes préfèrent, je sais, je sais c’est un casse gueule on voulait ma peau, bref je dois écrire ce papier et c’est pas évident déjà que les femmes n’ont aucun idée de ce qu’elles préfèrent car elles sont trop vastes et à ce propos de vastitude et dévastitude féminine faut que je te dise que, dans mes écarts temporels, j’ai rencontré un mec qui se nomme Valéry, il écrit des poèmes et m’a fait mourir de rire en me parlant des femmes, il est trop ce type mais il avait tout compris, allez, je sors mon F2 et ne le trafique plus, je te lis quelques passages, écoute ce qu’un jeune mec bien foutu, un bandeur du Sud de la France, plutôt joli garçon, peut raconter comme conneries à propos du sexe, j’adore, je te dis pas: La femme en raison de sa communion avec le monde n’est absolument pas maîtresse d’elle même.
- Il a tout compris, être femme c’est être trop vaste, c’est communier avec le monde, c’est… être Mélissa, celle qui baise le monde entier
!
Mais ce pauvre Popaul, qui se pognait comme un malade en pensant aux belles filles qu’il croisait à Sète, poursuit en disant que pour être maître de soi par la maîtrise de sa chair, il faut empêcher les troubles de remonter des viscères à la tête. Car - tu m’écoutes bien
? la femme, pour lui et un nommé Diderot - t’as entendu parler de Diderot toi? - est soumise aux fluctuations, aux changements inopinés et que pour le pur penseur il n’est rien de pire que d’être ainsi mené, ballotté, aliéné! La suite est poilante (t’inquiètes je vais me remettre à t’engueuler tout à l’heure) car il ne saurait y avoir de femme de tête, et pourquoi ça Monsieur? Parce que le femme ne pense pas à partir du centre de sa volonté mais de ce que lui dicte son corps, ce que lui imposent, ce que lui infligent ses sécrétions variables, son Euripe hormonal. Euhh c’est quoi un Euripe? Vite mon FemmeTouch… Ah! Tout à fait moi, les hormones en folie, les courants désordonnés qui parcourent les filles, le seuil de turbulence érotique, c’est bien. Il continue ce con de Valéry ou le mec qui parle de lui: Ce qu’elle pense ou fait, elle n’y consent si gaiement, avec une si belle absence d’arrière-pensée, que parce qu’elle ne le veut pas; elle est foncièrement passionnée. Tu sais quoi? Je crois qu’on nous rend enfin justice. La femme, c’est ce qu’il y a de mieux et d‘ailleurs, avec tout ton cinoche, je crois que je vais me mettre à préférer les femmes moi aussi, comme ça mon article sera déjà écrit avant même d’être commandé et avec un peu de chance on ne m’enverra pas avant Evène et rien n’aura eu lieu, qu’est-ce que T’en dis? En elle le supérieur qu’est la pensée est soumis à l’inférieur qu’est le corps. Trouve-moi un seul mec qui en fasse autant! Elle est scandale permanent, ou, au sens classique du mot, elle est “désordre” permanent, c’est-à-dire inversion des vraies hiérarchies. Turbulence! Plus touffu que ma motte! Si le désordre était un scandale ça se saurait et la finance mondiale n’aurait jamais existé! Quant aux vraies hiérarchies, depuis quand le sacré est-il vrai? Et le vrai sacré? Des mots qui passent leur temps à s’exclure. Par contre, t’endors pas Dieu, je ne le tolérerais pas, la suite m’enchante: Son immanence à la nature, qui fait son bonheur et la met si aisément en état de poésie, ça, c’est envoyé! Merde que c’est beau. La femme est poésie sinon comment ferait-elle bander les hommes? Elle est même si poétique qu’il y a surpop dans cette planète, tu le sais bien, mais attention à la suite: est en même temps son aliénation. Elle est heureuse dans et par la dépendance, l’esclavage de son esprit au monde, que ce monde soit le paysage, le temps qu’il fait ou les sécrétions de son corps. Dieu? Tu es là? Allô la Lune ici la Terre? Je m’épate littéralement de l’importance que quelques pauvres mecs donnent aux sécrétions! On passe notre vie à secréter du désir, des hormones, de la sueur vulgaire, de la transpiration qui sent bon, des idées, des phéromones, nos règles et nos humeurs fluides, quelqu’un quelque part a parlé de métaphysique des tubes et ce n’est pas aussi con que ça en a l’air comme titre, ça tombe sous le sens et finalement les Valéries tu sais ce qu’ils sont, des trouillards, parfaitement, ils se prennent pour des purs et c’est vraiment une vieille étiquette qu’on nous a collée à nous les filles, les salopes, les impures - les issues de la côte avariée d’Adam Kadmon! Un truc de ces Orientaux très moyens qui crèvent de trouille devant nous - keskil veulent tous? Je te le demande? Eh bien, Dieu, voilà sa réponse et ça me dépasse pas du tout: “La chair ici me devance, obéit à sa propre règle, on n’est pas le maître. Ici, la tête suit la queue, et l’esprit la peau.” Ces mecs, aimeraient tous être des vierges finalement! Et le plus beau: L’irruption de la femme est une intervention intempestive qui abolit le bel édifice cristallin de la volonté. Je suis morte de rire! Toi aussi, ne dis pas non, je le sens. La femme est le problème! D’autant plus délicieux qu’il faut l’évacuer. Mais moi, Mélissa, je vois ce qui a du sens dans la grande déconnade masculine. Regarde par exemple ce Diderot - tu le connais? Jamais entendu parler de ce type - il a trouvé le modèle ultime et c’est impressionnant: les innombrables fibres, à savoir le système nerveux périphérique connecté avec tout le corps et avec tout l’univers extérieur - l’emportent de beaucoup chez elle sur le faisceau, à savoir l’unité du système nerveux central: l’épiderme commande au cerveau. Appellera-t-on “empire” cet ensemble dans lequel c’est la multitude périphérique incohérente qui impose successivement et aléatoirement ses caprices à un centre impuissant par lui-même? Chez l’homme au contraire, le centre est tout puissant: le faisceau gouverne la multitude des fibres périphériques comme le cocher qui tient bon son attelage. Le dedans gouverne le dehors, ou, si l’on veut, l’âme gouverne le corps. C’est pas envoyé ça?
Et je suis très contente qu’un stupide
Y chromosome ait compris cette grande vérité: les innombrables fibres connectées avec tout le corps et le monde entier c’est nous, on ne pouvait pas donner plus belle description, tourner plus joli compliment! On jouit! Pourquoi crois-tu qu’on dispose de cette faculté de jouissance inouïe à partir de tout notre corps, mon vagin c’est aussi ma surface, mes épaules, la paume de mes mains, mes lèvres, tout. Je suis contente! Pourrais-tu briefer un peu ces mecs pour qu’ils arrêtent leur cinoche? Qu’ils foutent la paix à cette chair si sublime, on n’a finalement que ça dans ce petit passage tellement bref qui se nomme la vie! Ce qui suit est beau mais c’est tellement con: L’absurde et puissant retour du désir de la chair, de cette chair profonde, de cette chair maîtresse, qui est moi et qui pourtant est foncièrement étrangère à l’esprit que je veux être, cette chair toujours prête à me trahir, toujours susceptible de détourner, de distraire, de pervertir, de séduire aux appas mineurs et puissants qu’elle propose, qu’elle impose. Un frisson vient alors troubler le beau miroir, faisant rechuter l’ange dans un corps, dans un sexe, dans une nature. La morsure brève trouble l’être entier. L’homme serait donc notre esclave? Bon à savoir… Esclave des limitations de sa nature. Comme la femme soumis à ses impulsions sujet à ses propres fluctuations. Imprévisible à lui-même, agi par son sang, s’exprimant malgré lui, et ne pouvant que se répéter? Le pauvre chéri! tiens!
Le désir sexuel pour ce Valéry c’est l’image de la chute. Quand une fille passe devant lui ce noble penseur se retrouve tout à coup le jouet de son sang, le pantin de ses propres sécrétions, exactement comme l’est une femme. Lalala, faut bien que les anges tombent
! on est là pour ça! Mais je te gardais le meilleur pour la fin: C’est donc son esprit qui est féminisé par un étrange phénomène de possession, de dépossession de soi. Être envahi du désir d’une femme c’est se mettre soudain à ressentir le monde en femme, (Je me demande s’ils le méritent…) c’est ne plus se choisir, ne plus se déterminer, c’est perdre sa lucidité. Le désordre s’installe. Je t’en dis pas plus, on a un compte à régler tous les deux, Dieu! Toi et Mélissa Turbulence, c’est mon nom désormais, je suis le désordre, je suis la vie. Reconnais que ce Valéry est génial, je ne savais pas, même moi Mélissa, que l’effet de notre sexe transformait les mecs en femmes! Plus besoin de les travestir ça part du tréfonds d’eux-mêmes et c’est peut-être pour ça qu’on les a supportés si longtemps. Conclusion? Rends-moi Jacques. Renvoie-moi là-bas un petit moment, rien qu’une vie, je ne suis pas exigeante. En échange je t’aimerais toujours, je suis une fille du genre fidèle à ses obsessions, tu peux compter sur moi et je ne ferai jamais la liste de toutes les fois où tu n’as pas assuré depuis le début. D’accord?
- Tu as fini
? demanda Dieu.
- Oh
? Je crois que j’avais à peine commencé… mais on peut le dire comme ça. Tu n’es pas fâché au moins?
- Si seulement les âmes m’avaient parlé ton langage, soupira-t-il.
- Alors, fis-je assez inquiète de la suite, tu me le rends, mon bonheur
?
- Cela va de soi, dit le Grand, mais il te reste deux ou trois choses à faire. Qu’ai-je dit il y a un instant
?
Je n’avais pas souvenir de l’avoir laissé placer un mot…
- Eh bien
! poursuivit-il, je vais te faire un copier-coller. J’ai dit “Mélissa, n’arrête pas le processus en cours, trop de choses en dépendent.”
- Je te fais confiance, fis-je toute tremblante. C’est assez dur de passer de super Mélissa à fille amoureuse, tu sais
? Je suis sûre que tu vas me faire écrire ce foutu douzième évangile alors que j’ai même pas commencé mon article!
- Tu vas le retrouver, fais-moi confiance. En fait tu vas vivre des vies parallèles. Mais, en principe, tu n’en seras pas consciente. Enfin… je l’espère.
Il avait encore rajeuni. Une certitude affreuse m’envahit. Il se mettait à ressembler à quelqu’un que je connaissais. Très bien. De très près…
Mais qui
?








Table des matières


Préface de l’auteur: 7

(Quelques bonnes nouvelles…)

Mélissa mission 9

(Prélude)

En descendant Denfert 13

(Rencontre du deuxième type, Fugue)

Imprécis de géographie urbaine 17

(Incise)

Que faire avant de mourir? 21

(Bavardages de Mélissa…)

Retour vers d’ALEVE 25

(Les voyages de Mélissa, II)

La voix des Ombres 29

Fraude première

Online Chrono Facts 31

(Récitatif)

Le Village 35

(Les voyages de Mélissa III)

Dieu était hyperbaisable! 41

(Andante amoroso)

Une Nuit transfigurée 47

(Le compositeur)

La loterie de Safran 51

(Les voyages de Mélissa IV, Allegro vivace)

Cette terre de discipline et de penseurs 59

(Genève aurait eu vite fait de l’étouffer)

Variances de la Teuclitop 63

(Incise)

Niki, Cameron, le squale et moi! 65

(Les voyages de Mélissa IVb:
Furioso y amoroso)

On ne gouverne pas avec des peut-être 75

(Le pouvoir, scherzo)

Las Estrellas de los tres Picos 79

(Les voyages de Mélissa V: Largo)

Les Profondeurs de la Terre 87

(Le compositeur)

Je vous dois des excuses! 91

(Bavardages de Mélissa…)

La traque théologique 95

(Les souvenirs de Dieu, A piacere!)

Où sont les hommes? 103

(Bavardages de Mélissa qui se lâche…)

Maria, le hasard et la Présidence 111

(Suite allemande…)

Avec de noirs parfums! 115

(Le pouvoir, cadence)

Histoire de mes Strings 117

(Bavardages de Mélissa… Allegretto)

L’Intertextu(Elle) 121

Un homme en marge

Die Wandlung 125

(Le compositeur)

Tu ressembles à
un écoulement turbulent 131

(Les souvenirs de Dieu, maestoso)

Tu veux mon portrait? 137

(Bavardages de Mélissa,
face cachée de sa lune)

Des Ombres et le Chaos 141

(La musique n’était en somme que
la belle émergence de cette protestation
dérisoire de l’humanité devant la mort)

Mélissa se rebiffe 145

(Bavardages de Mélissa… Récitatif)

Le Roy Arthur 149

(Incise, largo)

De la masculinité 151

(Bavardages de Mélissa…
Pertinent/Impertinent, Scherzo)

Le grand synthétiseur 155

(Seul un compositeur… Rubato)

Romance 161

So romantic! Adagio

De quoi faire foirer ce bouquin 167

(Romance et réaction: les imbéciles heureux)

La fille de l’autre côté du fleuve 173

(Romance, doutes)

La révolution peut-être… 177

(Pouvoir, solitude)

Du bon usage de la pieuvre 181

(Romance et bibliothèques)

Je m’appelle Sally Willard 185

(Les voyages de Mélissa VI: Rechute)

Il faut engueuler le soldat Dieu 195

(Récital)

Soli(psismes)! 201

(Une chute dans la lumière)

L’Instance! 205

Il va falloir jouer cartes sur table…

Dans lequel la Teuclitop déborde
et attaque la cul(ture) 209

Fantaisie stricte

La frappe Hannelore 215

Les voyages de Mélissa VIb:
Destruction des valeurs féminines

Tout est dans la lumière. 223

(Dieu: Trop c’est trop!)

FEDEX 229
Les voyages de Mélissa VIc:
Emballez c’est pesé!
L’œuvre au noir 233

l’Amérique venait d’assassiner
pour la première fois la culture
occidentale dans ce qu’elle avait
de plus précieux

Mikro Céphalée 237

Les voyages de Mélissa VII:
un concile de tyrannosaures
eut été plus tendre

Monades II 243

Ils ne savaient pas
de quoi ils parlaient

Il y a des limites à ce qu’une femme
peut obtenir d’un gadget 247
(Les voyages de Mélissa VIIb:

Facile à tuer. Impossible à détruire )

J’espère quand même
que tu ne me confonds
pas avec Marie
! 253

l’impossible fiancé à l’admirable

Sur la route de Memphis 261

Les mecs, de temps à autre, c’est pas si mal.

Il suffisait d’y penser 265

Mélissa: Grand gamin vaniteux!

La tempête des âmes 271

(Dante ne serait rien sans Doré…)

Back to PodSex 275

Voyages de Mélissa VIII: Quand on s’aime!

Trrrango Durango 281

Tu retardes, mon grand amour

Le douzième évangile 289

(Le lieu et la formule, c’était maintenant)



Annexe 1
Schœnberg et son double 303
Le Songe. 305
Le Chaos. 308
La Quête de la Lumière 309
La méditation. 310
La Chambre Haute 315
Annexe 2
La Cantate interrompue 319
Invocation simple 320
Invocation du deuxième type 320
Prophétie vérifiable 321
Mezza voce 322
Message banal 322
Un pas hors de l’ombre 323
Adieu 324
Annexe 3
Le Fleuve 327

SHAÏTANE

Annexe 4
Le Fleuve de tous les silences 335
Annexe 5
L’Indienne 351
Annexe 6
Le bateau ivre 369