Trilogie II, livre 1II
L'Origine
Elle
(Réimpression
fin 2007)

L'"Origine
Elle" négocie avec un thème impossible :
le couple humain.
C’était assez pour me tenter. J’ai fait appel à Chandro la
surdouée qui jette les bases de sa «‑théorie des cordes
amoureuses‑», à Josefina la furieuse qui donne un cours de
ligotage, à des méduses, des otaries, au sexe de la Vénus
de Boticelli, à Jean d’Ormesson qui m’annonce sa mort et
transfiguration, à Dieu qui m’a refilé un sacré bout de
texte et aux Angiospermes qui envahissent ce livre. J’ai dû
refuser énergiquement la candidature de l'imbécile George
W. qui se cherchait un rôle crédible car j’avais une
tendresse pour Ishtar, la battante de Mésopotamie et pour
J.-J.‑Rousseau qui a pensé une bonne moitié de ces pages.
J’enseigne au passage la nature de la pierre philosophale à
Paracelse et je cornaque six personnages en quête de
reproduction trisexuée dont une femme de ménage très
équivoque, le tout sur toile de fin du monde. De quoi
s’amuser et, si vous insistez, réfléchir. J’ai deux bonnes
nouvelles pour vous : Si vous avez trompé votre femme,
copine, maîtresse vous avez bien agi, c’est expliqué ici.
L’autre : j’ai retrouvé mon éditeur, il avait bien volé le
tapuscrit précédent, priez pour ce pauvre pécheur, je l’ai
livré aux Angiospermes.
Vôtre dévoué,
JG
L'une
des originalités de ce livre est qu'il inclut une pièce de
théâtre . LES ANGIOSPERMES, qui a été enregistrée en juin
2003 à Genève et mise en musique par la suite sous la forme
d'un opéra parlé. (NdE)
Extrait
1 et
2
1) Les Angiospermes (VI, suite et fin)
Apothéose
avec barre de reprise
Aline
est entrée avec lenteur dans l’agitation des deux hommes.
Elle a progressivement affiché son vaste sourire à faire
pâlir les projecteurs. Elle s’exprime d’une voix forte et
calme. Personne ne bouge plus à l’exception de Borges qui
se tourne lentement vers elle.
Aline
: Je
leur disais que ça ne serait plus nécessaire.
Borges
:
Hoho…
Aline
:
Bonjour, Monsieur Borges.
Borges
:
Bonjour Apocaline.
Celcius
: (à
Jacques) C’est qui celle-là?
Jacques
: La
femme de ménage.
Celcius
: La
femme de ménage? Ça existe ça?
Aline
: Je
vous ai manqué Monsieur Borges?
Borges
:
Comme une flèche sa cible, oui.
Celcius
: La
femme de ménage? Elle n’en a pas l’air.
Jacques
: Tu
verras, c’est tout le problème.
Celcius
: Il
y a du divin dans l’air…
Jacques
:
Effectivement, ce n’est pas ce qui manque.
Aline
:
Mais me voici enfin devant vous, Monsieur Borges.
Borges
: Tu
viens reprendre le Temps?
Aline
:
Vous l’avez?
Borges
:
(il se touche le front) Il est là.
Aline
:
Nous en étions convenus.
Borges
:
Dieu n’a qu’une parole.
Aline
:
Sans regrets, Monsieur Borges?
Borges
: Tu
ne me le demanderais pas si tu n’avais déjà la réponse.
Aline
: Je
sais. J’ai trouvé quelques échos de votre solo dans la tête
de Jacques.
J’en étais triste.
Borges
:
Allons bon! Je referai la vie. J’en ai le pouvoir. Je
reviendrai et je ferai
un monde où les fils s’entendent avec les pères.
Aline
: Un
monde duquel vous ne m’aurez pas chassée à la première
minute.
Borges
: Il
sera peut-être ainsi un peu moins… dynamique.
Aline
: En
attendant ce remake, Monsieur Borges, puis-je recevoir mon
dû?
Borges
: Tu
vas le recevoir.
Aline
: Il
fallait bien que cela soit fait par une femme, Monsieur
Borges.
Borges
: On
dirait bien, Lilith. Je saisis mieux le titre de cet
environnement.
Bonjour l’Apocalypse. Sauve qui peut la femme!
Aline
:
Monsieur Borges, Puis-je me permettre de vous le rappeler?
Parler de fin du monde est aujourd’hui d’une grande
banalité.
Borges
: Je
sais. C’est tombé dans le domaine public.
Aline
:
Va-t-on éternellement me reprocher d’être venue devant
vous?
Borges
:
Que s’accomplissent les prophéties, femme première.
Aline
: Je
suis une femme. La première. Une femme ça demande des
comptes.
Celcius
:
Mais qu’est-ce qu’ils se racontent ceux-là? Sont totalement
chtarbés? Je n’y comprends rien, mais alors rien de rien!
Elle, par contre…
Jacques
:
Elle?
Celcius
:
Elle a un petit quelque chose…
Jacques
: Je
sais. Une certaine profondeur inquiétante.
Celcius
: Ce
n’est pas toi qui compares la femme à un trou noir?
Jacques
: Si
fait, Celcius. Si fait. J’ai eu ce moment de lucidité.
Celcius
:
Jacques, tu ne vas pas me croire. J’éprouve quelque chose.
J’éprouve
quelque chose d’analogue à…
Jacques
: À?
Celcius
: À
cette réception, à Mexico, chez le ministre de
l’agriculture.
Jacques
: Je
crains le pire…
Celcius
:
Cette femme de ménage vient d’aspirer mes complexes.
Jacques
:
Voila autre chose!
Celcius
:
D’épousseter mon entendement, d’ouvrir les fenêtres de mon
âme.
Jacques
:
Dans un instant elle va faire la vaisselle…
Celcius
:
J’en tombe amoureux. C’était écrit. Mektoub! Il tombe à
terre, baise le sol à trois reprises en direction d’une
Mecque imaginaire et (chantant sur la gamme arabe comme un
muezzin déclame) J’en tombe amoureux, c’est elle, c’est
elle, c’est l’écriture.
Borges
: Il
existe d’autres choix Monsieur Celcius.
Aline
:
(souriante, s’avance vers Celcius) Amoureux de moi?
Relève-toi donc
Celcius.
Celcius
: De
toi, oui. Pardon, Diosa!
Aline
:
Ça, c’est nouveau. M’as-tu bien regardée Celcius?
Celcius
:
Non! Mais je te vois.
Aline
: Tu
me vois? Et voici que se lève un esprit naïf qui me voit
autrement!
Touche-moi!
Celcius
:
Rien de plus que le bas de ta robe, tu m’intimides
vachement.
Aline
:
Sens-moi!
Celcius
:
Tes yeux sont si profonds qu’en m’y penchant pour boire j’y
perds la mémoire. Je cite mal mais je cite. Tu aimes la
poésie?
Aline
:
Non. Mais je l’inspire. Et Moi? Je ne t’inquiète vraiment
pas? (à part) J’ai
fait trembler la chrétienté à l’an mille et depuis quelque
temps le Strategic Air
Command. Sans parler de Times square tous les 31/12!
Celcius
:
M’inquiéter? Sur le plan social? J’ai assez d’argent pour
t’imposer au
monde. Écoutez-moi vous tous, acteurs, public, metteur en
scène, percepteurs et
critiques : j’épouse une femme de ménage!
Borges
:
Une femme qui s’apprêtait à faire le ménage à fond.
Jacques
: Et
définitivement.
Aline
: Et
sur le plan… personnel?
Celcius
:
Alors là! Tu serais le diable que je te suivrais dans ton
enfer avec joie!
Aline
: Et
même au delà?
Celcius
: Et
même.
Borges
:
Jacques?
Jacques
:
Père?
Borges
: Ce
Celcius sait parler aux femmes.
Jacques
:
Pour ça oui, Père.
Borges
: Ça
n’a jamais été mon fort. Du moins à en croire les Juifs.
Jacques
:
Ils exagèrent, Père, du temps de la Grande Déesse Ishtar,
ils ont beaucoup
emprunté aux Irakiens.
Borges
Et
toi, Apocaline? Quel sentiment te traverse-t-il?
Celcius
:
Mais pourquoi l’a nomme-t-il ainsi?
Jacques
:
Chuuuuttt une partie se joue.
Les glougloutements reprennent. C’est fait avec un vocoder,
il y a des mots dans
les bulles, des mots en ébullition.
Borges :
Vas-tu me demander une variante?
Aline
:
J’y pense, Monsieur Borges.
Borges
: Un
report de partie?
Aline
: Si
tel est votre bon vouloir, oui.
Borges
:
C’est ça les hommes. Merveilleux. Incroyables. De vrai
Toons qui se rient du danger. Imprévisibles même pour leur
designer. Ils se mettent dans les pires situations en
conservant un optimisme totalement idiot. Mais le plus
hallucinant
c’est que ça marche. Celcius, tu es un Saint.
Celcius
:
Moi? Je pensais plutôt être un sale type.
Borges
:
C’est la même chose. Crois-moi, c’est un Docteur qui te
parle.
Celcius
:
Qui va le croire? Je pars avec elle! J’ai la tête pleine de
projets.
Aline
:
Alors? Le ciel peut attendre? Vous deux, vous rirez après
notre départ. C’est une clause additionnelle, je viens de
l’ajouter.
Borges
et Jacques :
Voui.
Aline
: Je
te préviens, Celcius, je serai ta dernière femme.
Borges
et Jacques :
Accepte, accepte.
Celcius
: La
dernière, et même la première Aline. Il n’y aura qu’une
seule représentation.
Borges
et Jacques :
Accepte, accepte.
Aline
: Et
ce jour venu la première sera la dernière.
Borges
et Jacques :
Accepte, accepte.
On entend débuter la valse à mille temps de Jacques Brel,
en sourdine. Elle
n’éclatera plein volume qu’après la dernière réplique de
Borges.
Aline
:
C’est assez dans mon style. À vous, Monsieur Borges.
Borges
: À
moi, Apocaline. Un petit détail toutefois. Fais-moi plaisir
et ficelle Jacques sur cette chaise, solidement.
Aline
: Ce
sera avec plaisir, Monsieur Borges.
Jacques
:
Mais Père…
Borges
: Ne
t’inquiète pas fiston, je suis simplement prévoyant.
Aline
:
Voilà, voilà, (elle chantonne la valse à mille temps) voilà
qui est fait. Ça vous va, Monsieur Borges?
Borges
: On
fera avec.
Aline
:
Adieu, Jacques. C’était sympa de t’avoir connu… en femme de
ménage.
Jacques
:
Les hommes adorent ça. Surtout le maire de New York. Un
Mexicain!
Aline
:
Reste gamin, ça conserve. Et bonne chance.
Jacques
:
Bonne chance pourquoi?
Aline
:
J’ai le sentiment que tu ne vas pas tarder à le savoir.
Aline et Celcius sortent, tendrement enlacés. Un
compositeur fou doit avoir mixé cette marche nuptiale à n
dimensions que l’on entend. Borges pose son plumeau
et s’approche de Jacques. Dans le divan les deux Mexicaines
se sont réveillées et se livrent à de lents jeux de jambes.
Croisé, décroisé. C’est tellement somptueux que les
spectateurs ne suivent plus le texte principal. La lumière
baisse.
Borges
: On
n’avait pas le choix mon fils. Fallait terminer cette pièce
et couper
l’herbe sous les pieds d’Apocaline Lilith. Ça n’est pas
tombé loin!
Jacques
:
Oui Père. Mais franchement, qu’est-ce que je fais là?
Borges
: La
continuité, voyons.
Jacques
: La
continuité? Dois-je comprendre que…
Borges
: Tu
dois. Il n’y avait aucune autre solution pour désamorcer
l’Apocaline. Tu es prêt? Attend… Je reprends ce plumeau, je
vais à la bibliothèque, et je commence le décompte.
Jacques
:
Vous êtes moderne!
Borges
:
Depuis le temps qu’ils balancent des fusées sous mon nez
j’ai remplacé la prière par le check list. Cinq!
Jacques
:
Àvous!
Borges
:
Non. À tout à l’heure. Quatre!
Jacques
: Je
vis intensément! Pourvu qu’on trouve une variante…
Borges
:
Trois!
Jacques
:
Deux secondes c’est toutes les secondes, une c’est comme
s’il n’y en avait plus…
Borges
:
Deux!
Jacques
:
Bonjour, monde affreusement féminin.
Borges
:
Un!
Jacques
(ferme
les yeux, tranquille, chante une note de mantra) Ommmmmm.
Borges
:
Action!
Pleins feux. Josefina bondit sur ses jambes. Elle a
retrouvé sa cravache, mouline à tours de bras, et la
brandit avec un sourire moqueur en direction de Jacques
puis se tourne vivement vers Alma.
Josefina
: Et
voila le travail ! Du cousu main !
Borges
:
Bravo, Josefina! Un bon lever de rideau!
Josefina:
(interloquée) Mais… Que faites-vous là? Vous?
Borges
: Je
te souhaitais bonne chance.
Josefina
:
Vous n’êtes pas encore arrivé dans mon texte!
Borges
:
Tout va si vite. Sois brave, comme tout à l’heure.
Josefina
:
(elle désigne Jacques) Et lui? Il n’est même pas
bâillonné!!
Borges
: Ça
ne saurait tarder, te connaissant.
Il balaie la scène de regard, adresse un bon sourire à
chacun, jette son plumeau et se dirige vers la porte.
Josefina
:
Vous prenez le large?
Borges
:
Pas cette fois. C’est lui qui me prend.
Jacques lève les yeux au ciel. Josefina ouvre des yeux
carrés sur lesquels les lumières baissent rapidement.
Dernier effet de poursuite sur son visage. La musique de
Brel éclate.
Rideau.
2) Bas les masques!
Les
acteurs se réunissent en coulisses pour bavarder. Les
filles se démaquillent et se mettent à l’aise. Dieu se
prépare à enlever sa barbe, ils papotent. Éventuellement‑:
le jeu du lecteur, des acteurs ou du metteur en scène peut
être celui de remplacer les machin, truc, chose par les
noms d’acteurs connus de théâtre ou de cinéma ou de
télévision. Imitations bienvenues. Il faut que la pêche
dans le vivier international soit amusante. C’est
l’équivalent de la cadence du concerto classique ou de la
Comedia del Arte, on improvise, on arrange. Les signes
{{ }
désignent des espaces ouverts à
l’improvisation.
Borges‑:
Cette pièce est tuante. Vous avez vu le monologue que je me
tape Trois pages de texte serré sans pause! J’espère au
moins avoir été divin!
Josefina‑:
Tu rigoles C’est moi qui mène cette pièce d’un bout à
l’autre. J’en suis le premier violon. Il y faut du souffle,
un bon accent latino et une de ces présences! Je te dis
pas!
Alma‑:
Oui Josefina, mais la grande tirade des Alines, tu peux la
lire veinarde. Nous, on est bons pour le par cœur.
Josefina‑:
Encore heureux. Mais il faut la mettre en évidence.
Celcius‑:
Moi, j’ai énormément travaillé mon masque
facial.
Alma‑:
Pour passer de Celcius à Pedregal
Celcius‑:
Voui. Je me demande d’ailleurs ce que l’auteur cherche à
exprimer quand il nous fait dire «‑Voui‑». On dirait le
présentateur du 20‑heures quand il se traîne devant les
caméras.
Borges‑:
Sais pas, mais je me demande qui est l’auteur. Aux
répétitions il restait dans l’ombre. Tu ne dis rien Jacques
Jacques‑:
Non, Père… (éclat
de rire général) Frère,
ami, collègue, quoi. Je ne dis rien. J’ai mes raisons. Je
lisais les critiques.
Aline‑:
Oh Elles sont bonnes
Jacques‑:
Hélas oui! Superbes.
Tous‑:
(consternés)
Ooooooooh!
Jacques‑:
Aussi bonnes que des critiques peuvent être. Dans la limite
de leur univers. Josefina,
on te compare à chose Et toi Alma, à la fille de machine.
Quand à Aline, alors là…
Aline‑:
Les cons. En tous les cas je dépoussière le rôle de la
femme de ménage.
Celcius‑:
Un rôle en or Aline. La servante maîtresse, c’est un opéra
classique. Le bruit court que nous évoluons tous dans un
livre. Un livre qui serait la coquille de cette pièce de
théâtre.
Alma‑:
Un livre Quel livre
Celcius‑:
Je ne sais pas qui est l’auteur, on m’en a parlé. Aux
répétitions il restait dans l’ombre. Quelle drôle d’idée de
garder l’anonymat!
Borges‑:
Sans déc Jouons donc au jeu de la réduction.
Tous‑:
Ah! Bonne idée!
Borges‑:
Jacques, tu donnes les réponses. Je sais que tu le peux.
Seulement des «‑oui‑» ou des «‑non‑» eh
Jacques‑:
Vous y tenez Pourquoi chercher l’auteur Vous serez
fatalement déçus! Quand on aime le beurre pas besoin de se
faire la vache!
Josefina‑:
Nous y tenons, figure-toi!
Jacques‑:
Ce que femme veut…
Borges‑:
L’auteur est-il dans ce pays
Jacques‑:
Oui.
Aline‑:
C’est un professionnel
Jacques‑:
Non.
Josefina‑:
Nous le connaissons
Jacques‑:
Oui.
Alma‑:
Est-il dans ce théâtre
Jacques‑:
Oui.
Celcius‑:
Sur cette scène
Jacques‑:
Oui.
Alma‑:
C’est Celcius…
Jacques‑:
Non.
Josefina‑:‑:
Celcius est trop con!
Celcius‑:
Merci!
Aline‑:
C’est Borges ou toi.
Celcius‑:
Pour moi c’est la divine Aline. Elle se sera fait un rôle à
sa mesure! Jacques, est-ce Aline
Jacques‑:
Non.
Josefina‑:
Comme ce ne peut être ni Alma ni moi les choix diminuent
singulièrement. Il ne nous reste qu’à tomber les masques.
Êtes-vous d’accord Oui Que Jacques continue.
(pleine
de dédain) Il a si
peu de texte depuis le début.
Ils
se mettent en rang, Jacques les passe en revue. Chacun se
fige dans un garde à vous militaire quand il est inspecté.
Jacques‑:
Toi, Josefina, tu mènes cette pièce et ta vie avec
bravoure. Tu es un vrai premier violon, avec le sale
caractère que ça implique. Tu es une tendre mais tu aimes
te donner l’aspect d’une furieuse. Ça t’allège, on te
comprend. Ça te donne aussi des satisfactions non
négligeables. Côté gauche‑: tu es une petite nana myope et
égoïste qui doit son succès à son indifférence. Tu n’es pas
capable d’aimer autre que toi. Ta sexualité est
fondamentalement narcissique, disons masturbatoire. Tu
crois que tu te fous de tout et que les hommes viendront à
ta botte chaque fois que tu claqueras de tes petits doigts.
Jusque là ça marche! Tu ne jouis jamais entièrement, tu es
peut-être même frigide. Seule ta propre image t’excite.
Mais le temps joue contre toi et ton empire est promis à un
bref écroulement. Côté droit‑: Tu es belle, tu es drôle, tu
fais bouger l’espace et ton rire est infiniment séduisant.
Tu as aussi un grand sens de l’injustice sociale même si tu
le caches. Tu mourrais pour la une revolucion mais… elle
n’éclate que dans ta tête. Tu es une femme mec. Tu es
l’énoncé du problème de la femme. Tu es la non-Ève. J’aime
ton allure de battante. J’aime aussi ton aspect de lieuse,
bien que la plupart du temps tu m’empêches de m’exprimer.
Tu revêts les attributs anciens de la femme, rigueur, fouet
et épée. Merci d’avoir laissé ton épée au vestiaire… Mais
que t’arrive-t-il Il t’arrive la vie. Tu passes du côté
d’Ève. Il t’arrive quelque chose d’épouvantable, ton usine
te prend en otage. Tu as envie d’avoir des enfants, ton
corps va gagner cette bataille, contre ta tête. Je te salue
et je te regrette. Nous te voyons, en pleine gloire,
arriver au terme de ton chemin, au bout de ton monde. Tu
seras sans histoire mais tu seras probablement heureuse, je
te le souhaite, encore que le bonheur je n’y comprenne
rien.
Josefina‑:
Ah L’auteur ne se mouche pas avec le dos de l’écuyère. Je
t’ai fait mourir de désir, tout le monde n’a pas eu cette
chance! Du dominé et de la dominante dis-moi donc qui est
le marionnettiste Je te reconnais le sens de l’humour. Dans
cette pièce, Alma et moi jouons des dominatrices cocufiées
sur fond de fin du monde. De plus quelqu’un me met la main
à l’ADN! Nous verrons bien ce que valent tes prédictions.
Jacques‑:
Toi, Alma. Tu es un merveilleux second violon. Tu possèdes
une nature aimante et douce. Sans toi les mélodies
n’auraient aucune saveur. Tu es faite pour l’amour mais je
crains qu’il ne soit fait pour te détruire. Tu aurais
accepté les hommes tels qu’ils sont si tu n’avais pas
rencontré ta grande et fatale copine. Du coup il te semble
que tu rates quelque chose. Que t’arrive-t-il Une petite
régression vers l’amazone. Il te reste un peu de temps pour
tourmenter les hommes et tu adorerais t’y mettre. Vas-y!
Avant que l’usine ne te convoque. Ne ménage pas ta peine et
n’écoute personne. Sois la prochaine Josefina mais sache
rester froide de temps à autre. La torture te tente Tu as
découvert que c’était la forme ultime de la communication
Alors un conseil‑: sache les tourmenter dans le plaisir. Ne
les tue pas sottement, pour rien, pour une mauvaise
lunaison‑: être un homme asservi tu sais, c’est si
difficile!
Alma‑:
Ils sont si fragiles
Jacques‑:
Oui. Tu n’auras pas de seconde chance. Fonce. D’ailleurs je
postule, si ton agenda n’est pas déjà surbooké.
Alma‑:
J’en prends bonne note, à tout à l’heure Jacques
Jacques‑:
A tout à l’heure, si Borges veut. Toi, Celcius, tu es un
carburateur. Tu es le plus simple de tous donc le plus
manipulé. Finalement tu es le plus universel. Ce qui
m’ennuie c’est que je me demande ce que tu vaudras quand
nos deux ex-futurs Angiospermes seront passées de l’autre
côté. L’homme n’aime pas les femmes, Celcius, et je te
trouve diablement masculin. Vas-tu aimer une vraie femme
J’en suis moins que sûr. Tu aimes la chasse, tu aimes
lâcher ton petit big bang dans leur ventre. Tu es comme
nous tous, probablement mauvais. Tout ça explique peut-être
pourquoi tu t’en vas faire un tour du côté de chez
Apocaline. Qui d’autre peut te fidéliser Vis ta vie! On est
des spermatos! Tu es moi, je suis toi, on est le groupe, la
compétition, on n’a rien de plus à se dire.
Celcius‑:
Mais tout à partager
Jacques‑:
Voui… Reste Aline aux noms multiples.
Aline‑:
J’aime bien mon rôle. Je ne vois personne pour le tenir
aussi bien que moi.
Alma‑:
Puisse la modestie t’étouffer petite peste. Et si tu te
contentais de faire des ménages et de te taire
Aline‑:
Le subalterne, c’est plus dans ta nature que dans la
mienne…
Celcius‑:
Jacques, il paraît qu’une inconnue t’emmène de nuit au fond
des océans
Josefina‑:
Et chastement qui plus est! C’est vrai
Jacques
: C’est
vrai!
Alma‑:
(à
Josefina) C’est
toi
Josefina‑:
Chastement Sûrement pas. Moi, au lit, je moissonne!
Celcius‑:
Je pense que c’est la femme de ménage.
Josefina‑:
Pfff! Si elle se contente des restes…
Aline‑:
Quoi Ça n’est pas moi!
Josefina‑:
Tu faisais des heures sup sans le savoir, ma belle.
Jacques‑:
Je n’avais pas fini. Il reste donc Aline aux noms
multiples.
Aline‑:
Alors Qui suis-je
Jacques‑:
Tu es probablement ce que nous sommes convenus de nommer la
séduction. L’amour.
Aline‑:
Tu m’étonnes!
Jacques‑:
L’amour vu par les hommes. Celle qu’on ne possède pas, la
fleur carnivore, la passante, l’inaccessible, le mépris.
Super succube. Finalement, tu incarnes le désir masculin
mieux qu’elles, les hommes ont désespérément besoin de
désirer celle qui leur échappe comme de fuir celle qu’ils
tiennent (il
désigne les deux Mexicaines) et,
chose essentielle, tu es la seule qui ne change pas dans ce
récit.
Aline‑:
Peut-être, mais moi, j’emmène Celcius avec moi!
Jacques‑:
En attendant de nous emmener tous, oui! Tu personnifies la
séduction car tu es excessivement froide. Tu clignotes,
Aline. C’est tantôt oui, tantôt non. Tu es belle mais tu es
insaisissable. À quoi sers-tu si ce n’est à la désespérance
Tu es une protofemme! Un début de déesse. Tu domines ton
usine. Tu nous domines tous. Je crois que de tous ces
personnages que j’ai dessinés tu es le plus puissant.
Aline‑:
Nous y voilà! L’auteur de cette pièce c’est donc toi
Jacques‑:
Oui.
Tous‑:
Ooooohhh!
Jacques‑:
Oui. Je vais vous expliquer.
Borges‑:
Putain! Je me demandais quel auteur avait osé me faire
passer d’un Dieu bibliothécaire sans grand relief à un Dieu
blessé si dramatique
Jacques‑:
En fait, c’est perso…
Alma‑:
Et nous, on devient quoi‑dans tes écritures
Jacques‑:
Si personne n’intervient vous irez tous au paradis.
Josefina‑:
M’en fous, je suis enceinte de…
Tous‑:
Aaaaaaaahhh!
Alma‑:
Et moi de…
Tous‑:
Oooooohhhhh…
Aline‑:
Ça suffit tous! Écoutez‑: je me mets avec M.‑Borges.
Tous‑:
Euuuuuuuhhhhh…
Aline‑:
Ça vous donnera du temps pour de nouvelles intrigues!
Tous‑:
Hééééééééééé!
Jacques‑:
(Au
public) Mes
amis, ce que vous venez de voir est rassurant. Regardez mes
personnages. Je suis démasqué. Mais à peine sont-ils sortis
de mon texte qu’ils respirent et s’ébrouent. Ils font les
cons. Ils pratiquent cet antique sport de glisse qu’est le
cocufiage. Il a suffi que je réunisse six personnes - dont
votre serviteur - dans le même espace pour qu’ils ne
puissent plus cesser de faire les cons. C’est parfait! Il
n’y a que deux manières de se rassurer‑: faire le con ou se
prendre pour Dieu. En ma qualité de Dieu provisoire je le
vérifie une fois de plus‑: mettez des gens ensemble et
laissez-les parler, donnez-leur le libre arbitre, ils ne
feront ni la guerre ni l’amour. Ils feront les cons. Vous
autres, les critiques tapis au fond de la salle, je viens
de rédiger votre papier. Allez donc faire les cons! Et toi,
mon cher public. Va donc gentiment faire le con, chez toi,
chez ta maîtresse ou ton amant, va te bourrer la gueule et
évite trois choses. Ne prend ni le volant ni la femme de
ton copain. Ne donne pas de conférence et ne publie rien.
Ne baise pas la femme de ménage si elle se prénomme Aline,
c’est un cas d’école. Vous savez quoi Je trouve que notre
époque, ce moment même, ressemble étrangement à la fin du
monde! Vous ne trouvez pas J’avais d’autres titres pour
cette pièce. La
Tempête, mais
c’est pris. Beaucoup
de bruit pour rien, c’est
pris aussi et c’est fort dommage. Le
Potencuf, c'est
trop technique et ça n’est pas explicite.
J’la
kiffe grave cette go! c’est
tendance mais ça n’aurait pas tenu deux minutes.
Super
nanas, c’est
trop convenu. J’aimais assez Super
filles! Ciel! mais
c’est trop intello pour les schmiels qui achèteront leurs
billets. J’avais aussi la
Bibliothèque de Babel, mais
c’est encore pris. Finalement Les
Angiospermes ça n’est
pas si mal. J’avais intitulé cette séquence «‑Critique des
Angiospermes‑». J’imaginais que mes personnages se
réunissaient sur scène, après la représentation, et qu’on
parlait de cette pièce, de son contenu. Mauvaise idée.
C’est effectivement cinq
personnages en quête d’auteur qu’il
fallait utiliser. Leur quête est finie, ils m’ont démasqué.
Borges!
Borges‑: Oui
Jacques‑: (A
voix forte) Tu
restes avec moi, les autres partez.
Les
acteurs saluent, un par un, et quittent la scène à la
manière de la Symphonie des Adieux de Haydn. Un quatuor à
cordes joue une musique et, à chaque sortie une voix se
tait. Josefina, premier violon, avec défi et son large
sourire. Elle défi(le) devant tous les personnages et leur
adresse une mimique appropriée. Alma second violon,
redevenue très jeune fille naïve, se livre à quelques pas
de fausse modestie. Aline violon alto, exécute par geste la
fin du monde, ce sont des boîtes qui entrent dans des
boîtes qui entrent dans des boîtes. Tout y passe, les
acteurs, Jacques et le Public. Une ou des poursuite(s)
l’aident à faire passer son message. Celcius, enfin,
violoncelle. Il mime le grave et le futile, se protège de
plantes carnivores imaginaires, retrouve sa dignité et
sort, saluant bien bas. Cette sortie est entre un mini
ballet et une pantomime.
Borges‑:
Tu me convoques, maintenant!
Jacques‑:
Minute. Tu n’es plus Dieu.
Borges‑:
C’est juste. Mais où est Dieu
Jacques‑:
Je vais te le dire.
Il se promène sur la scène, scrute le public de diverses
manières.
Jacques‑:
De toutes les solutions possibles c’est toujours la plus
simple qui s’avère juste. C’est le rasoir d’Occam. Tu vois
Borges, tu as magnifiquement joué ce rôle de Dieu et bien
entendu, tu savais que ce Dieu n’était pas grand-chose,
moi, tout au plus, c’est tout dire…
Borges‑:
Je ne le trouvais pas si mal que ça. Un peu classique.
Jacques‑:
C’est tout le problème. Je le connais un peu, à la mesure
de mes moyens. Il en a marre tu sais, il a le blues c’est
vrai. Je crois que nous devons l’aimer avec un peu de
simplicité. Car il est là.
Borges‑:
Moi
Jacques‑:
Non. Lui!
Borges‑:
Je ne vois personne…
Jacques‑:
Regarde avec ton cœur. Tu vois ça C’est la scène. De
l’autre côté, si tu regardes bien tu le verras.
Borges‑:
Tu veux dire que Dieu a acheté un billet
(Il s’avance vers l’avant scène et scrute à son tour le
public) C’est un
peu sombre. Poursuite s’il vous plaît.
Jacques‑:
Quand j’ai écrit tout ça je me suis dit qu’il y avait plein
de choses intéressantes mais qu’il faudrait surtout y
mettre beaucoup d’amour. Je n’ai pas réussi, les mots m’ont
filé entre les doigts. Beaucoup d’amour, pas facile! Je
viens de me rendre compte qu’on n’a pas le droit de mettre
en scène. Quand on donne un coup de projecteur et que nos
personnages s’animent on doit les suivre. Avec beaucoup
d’amour. On doit partir avec eux. Faire des enfants c’est
facile mais accompagner et assumer, c’est…
Borges‑:
Y mettre beaucoup d’amour. Oh! Regarde!
Jacques‑:
Quoi
Borges‑:
Là. Dans le public. Cette jeune femme.
Jacques‑:
Ne me parle plus de jeunes femmes jusqu’à demain soir!
Borges‑:
Tu n’y es pas. Vois! Elle s’éclaire. Elle sort de l’ombre.
Jacques‑:
C’est vrai… Comme c’est bizarre, comme c’est étrange…
Est-ce qu’on la connaît
Borges‑:
Non, je ne crois pas… Mais c’est peut-être ça l’amour Les
autres Ah! Ça n’est pas tout. Il y a une autre lumière dans
cette salle. Là! Ce vieux monsieur. Il prend lumière lui
aussi!
Des
poursuites s’allument au fur et à mesure du discours de
Borges, ciblent des personnes précises dans la salle.
Jacques‑:
Dois-je appeler les pompiers
Borges‑:
Il n’a pas l’air de souffrir, d’ailleurs cette illumination
bouge! D’autres visages sortent de l’ombre. Regarde! Cette
personne, là, ici! Elle paraît vraiment énigmatique!
Jacques‑:
Et sa voisine réjouie!
Borges‑:
Tu sens ce que je sens
Jacques‑:
Que sens-tu Je crains le pire… Serions-nous en train de
découvrir l’Amour
Borges‑:
Tu viens d’y consacrer un livre!
Jacques‑:
Dis plutôt une bouteille à la mer! Mais tu as raison : la
lumière change de camp.
Borges‑:
Elle nous quitte. Elle va vers la salle. Nous rentrons dans
l’ombre.
Jacques‑:
L’Enfer, alors… ce n’est pas les autres
Borges : Non.
Mais c’est peut-être le moment de nous retirer. il me reste
une question.
Jacques
: Vas-y!
Borges
: Tu as
démonté tout le monde.
Jacques‑:Sauf
toi.
Borges
: Parce
que je joue le rôle de Dieu. Tu n’as pas envie de démonter
Dieu.
Jacques‑:
Ah que non! J’aimerais pouvoir aider à Le remonter.
Borges
: Tu
pourrais conclure en te démontant… toi!
Jacques‑:
Tu penses que ça ferait une bonne fin D’accord.
(Il
s’assied, face au public, à même le sol)
J’ai
fait une pièce pour la scène et un roman, le tout un peu
mélangé. Chez moi un roman ça parle toujours de diverses
choses en même temps. On dit de moi que je suis un…
Borges
:
Inclassable.
Jacques
: Je
fais un roman opéra, un roman-essai, un roman fiction, je
me suis habitué à être classé comme…
Borges
: Un
marginal.
Jacques
: Tu me
connais! Je n’ai pas beaucoup d’imagination. Par contre je
suis un bon transformateur alors j’absorbe beaucoup, tout,
presque tout. Ça donne que je n’entre pas…
Borges
: Dans
les collections toutes faites.
Jacques
: J’ai
donc tiré de ma vie toutes les situations de cette
histoire. Mes personnages, je les ai beaucoup aimés mais,
comme mes enfants, ils sont devenus indépendants. Ils
existent. Ils sont quelquefois aussi indécents que je les
montre, quelquefois plus. Ils sont incohérents, c’est
normal, ils vivent. Les Angiospermes c’est quoi ? Une
comédie de boulevard sur toile de fin du monde.
Borges
: La fin
du monde Pourquoi la fin du monde
Jacques
: Nous
avons tous un sentiment de fin du monde. Jean d’Ormesson ne
dit pas autre chose et c’est peut-être pour cela qu’il dit
«‑Si c’était à revivre Une fois c’est bien, merci
beaucoup!‑» Où sont les livres et les films optimistes
Hollywood n’a cessé de mettre en scène la destruction de
l’Empire. Et c’est commencé. Par celle des plus faibles. La
nôtre aussi. Un mot sur toutes les lèvres, apocalypse, tu
en connais ma version féminine. Nous sommes peut-être tous
devenus trop vieux Le système accélère-t-il le temps Je
n’en suis pas sûr. Ce soir c’est du théâtre. Demain la
guerre. On rêve toujours beaucoup lors des veillées
guerrières. Il se produit un fragile miracle de
communication entre ceux qui vont s’affronter. Tout est
possible, jamais ça n’a été aussi virtuel, ouvert et
sincère. Nous pourrions tout arrêter, nous le savons. Mais
tout ça c’était hier, le monde manque de poètes et de
visionnaires. Comment sera-t-elle cette
guerre Fraîche
et joyeuse Ou terne comme de la poudre d’uranium Vous allez
le savoir. Je me demande parfois de quelle guerre nous
parlons. L’actuelle ou celle de toujours Elle a commencé
bien avant qu’on ne la déclare. Elle était là, en attente.
Tout ce que je viens d’apprendre sur les fous américains me
donne envie de vomir. Une fois de plus le monde va manquer
de lumière. Il va peut-être vers le froid, vers l’obscur
certainement. Que s’est-il passé entre la lumière
méditerranéenne de la Grèce et Nacht und Nebel Rien,
presque rien. l’Église, la Réforme, la conquête des
Amériques, le Sacre des marchands. Et maintenant
l’Amérique. On savait qu’elle serait au devant de la scène
en cette transition de siècles. Mais pas à ce point là, pas
comme ça. Alors, jeune Empire américain! Tu
veux nous balayer Assurer ton petit confort par des guerres
préventives Tu n’es même pas original. Ce superbe porte
avion pourfendeur d’océans et ses avions cracheurs de feu,
c’est une belle illusion, je le reconnais, vous en avez
construit beaucoup dans ce genre. Mais vous avez perdu
votre âme. Vous l’avez changée en pétrole et vous y avez
mis le feu. Vous ne tuerez que vous même. Je pense à toutes
ces âmes prises en otage par quelques malades. Comme ça
doit être dérangeant de savoir qu'on est parlé par quelques
fous! Les Américains savent maintenant ce qu’ont vécu les
Allemands après Munich. Ne parlons plus des crimes de
l’Empire, il se fera justice. Et le terrorisme Ils l’ont
voulu. Il fallait bien que quelqu’un prenne la parole.
Sais-tu, Borges quelle est la seule grandeur qui ne change
pas dans l’univers
Borges : Le
changement. Et toi, Jacques, sais-tu quelle est la seule
chose dont on ne manque jamais quand on en fait don
L’Amour.
Jacques
: Mais
il faut être à la hauteur! J’aurais voulu, avec ces textes,
vous apporter beaucoup d’amour. C’est difficile. J’ai
manqué de simplicité. Je reviendrai. Quand cette salle sera
pleine de lumière, je me tairai. Vous serez demain, je
serai la nuit. Quel silence!
Borges
: As-tu
une ultime déclaration a faire, avant que la lumière ne
passe côté public
Jacques
: Oui,
je crois que oui.
Borges
: Et
c’est
Jacques
: Les
gens qui croient que je parle de sexe dans mes livres sont
des imbéciles.
Borges
: Et de
quoi donc parles-tu?
Jacques
: De pas
grand chose. De la nécessité d’avoir une illusion. L’Amour
fait l’affaire.
Finale
de la symphonie en ut majeur dite Jupiter de
Mozart.
Table des matières
Chandro
...................................................................................................7
Les Angiospermes (I)
.............................................................................11
La génialité masculine contestée
.............................................................21
Les Angiospermes (II)
............................................................................25
Jean-Jacques n’avait pas tort
..................................................................31
Les Angiospermes (II, suite)
...................................................................35
René n’est pas d’accord
..........................................................................41
Marines nocturnes
.................................................................................45
Andante appassionato (III)
.....................................................................47
Mort et transfiguration
...........................................................................51
de Jean d’Ormesson.
..............................................................................51
Une théorie de Top modems
...................................................................55
Andante appassionato (III, suite)
............................................................57
Loin de la théorie des cordes+
................................................................63
Solo (IV)
................................................................................................71
Prolégomènes
........................................................................................75
Tout se fit ombre
...................................................................................79
Intermezzo (V)
.......................................................................................81
Phoque you+
.........................................................................................87
Rien ne va plus
......................................................................................89
Le nez de Cléo
.......................................................................................93
Les Angiospermes (VI)
...........................................................................95
Sauve qui peut La Femme
.....................................................................103
Au pied du mur
.....................................................................................105
Les Angiospermes (VI, suite et fin)
........................................................115
Théorie des cordes
................................................................................119
Marines dernières
..................................................................................121
Les Angiospermes, critique de
................................................................123
Le Schéol
..............................................................................................125