Trilogie II,
livre 1II
L'Origine
Elle
(Réimpression
fin 2009)

Quatrième de couverture
(Titre
original Sauve-Qui-peut-La-Femme)
L'"Origine
Elle" est une version nouvelle de Sauve-Qui-Peut-La-Femme.
Vous pouvez trouver ici des extraits de ce premier texte qui termine
la
trilogie Chandro.
Ce livre négocie avec un thème impossible :
le couple humain. C’était assez pour me tenter.
J’ai fait appel à Chandro la surdouée qui jette les bases
de sa «‑théorie des cordes amoureuses‑», à Josefina la
furieuse qui donne un cours de ligotage, à des méduses, des
otaries, au sexe de la Vénus de Boticelli, à Jean
d’Ormesson qui m’annonce sa mort et transfiguration, à Dieu
qui m’a refilé un sacré bout de texte et aux Angiospermes
qui envahissent ce livre. J’ai dû refuser énergiquement la
candidature de l'imbécile George W. qui se cherchait un
rôle crédible car j’avais une tendresse pour Ishtar, la
battante de Mésopotamie et pour J.-J.‑Rousseau qui a pensé
une bonne moitié de ces pages. J’enseigne au passage la
nature de la pierre philosophale à Paracelse et je cornaque
six personnages en quête de reproduction trisexuée dont une
femme de ménage très équivoque, le tout sur toile de fin du
monde. De quoi s’amuser et, si vous insistez, réfléchir.
J’ai deux bonnes nouvelles pour vous : Si vous avez trompé
votre femme, copine, maîtresse vous avez bien agi, c’est
expliqué ici. L’autre : j’ai retrouvé mon éditeur, il avait
bien volé le tapuscrit précédent, priez pour ce pauvre
pécheur, je l’ai livré aux Angiospermes.
Vôtre dévoué,
JG
L'une des originalités de ce
livre est qu'il inclut une pièce de théâtre . LES
ANGIOSPERMES, qui a été enregistrée en juin 2003 à Genève
et mise en musique par la suite sous la forme d'un opéra
parlé. (NdE)
Extrait
1 et 2
1) Les
Angiospermes (VI, suite et fin)
Apothéose avec barre de
reprise
Aline est entrée avec lenteur
dans l’agitation des deux hommes. Elle a progressivement
affiché son vaste sourire à faire pâlir les projecteurs.
Elle s’exprime d’une voix forte et calme. Personne ne bouge
plus à l’exception de Borges qui se tourne lentement vers
elle.
Aline
: Je leur disais
que ça ne serait plus nécessaire.
Borges
: Hoho…
Aline
: Bonjour,
Monsieur Borges.
Borges
: Bonjour
Apocaline.
Celcius
: (à Jacques)
C’est qui celle-là?
Jacques
: La femme de
ménage.
Celcius
: La femme de
ménage? Ça existe ça?
Aline
: Je vous ai
manqué Monsieur Borges?
Borges
: Comme une
flèche sa cible, oui.
Celcius
: La femme de
ménage? Elle n’en a pas l’air.
Jacques
: Tu verras,
c’est tout le problème.
Celcius
: Il y a du divin
dans l’air…
Jacques
: Effectivement,
ce n’est pas ce qui manque.
Aline
: Mais me voici
enfin devant vous, Monsieur Borges.
Borges
: Tu viens
reprendre le Temps?
Aline
: Vous l’avez?
Borges
: (il se touche
le front) Il est là.
Aline
: Nous en étions
convenus.
Borges
: Dieu n’a qu’une
parole.
Aline
: Sans regrets,
Monsieur Borges?
Borges
: Tu ne me le
demanderais pas si tu n’avais déjà la réponse.
Aline
: Je sais. J’ai
trouvé quelques échos de votre solo dans la tête de
Jacques.
J’en étais triste.
Borges
: Allons bon! Je
referai la vie. J’en ai le pouvoir. Je reviendrai et je
ferai
un monde où les fils s’entendent avec les pères.
Aline
: Un monde duquel
vous ne m’aurez pas chassée à la première minute.
Borges
: Il sera
peut-être ainsi un peu moins… dynamique.
Aline
: En attendant ce
remake, Monsieur Borges, puis-je recevoir mon dû?
Borges
: Tu vas le
recevoir.
Aline
: Il fallait bien
que cela soit fait par une femme, Monsieur Borges.
Borges
: On dirait bien,
Lilith. Je saisis mieux le titre de cet environnement.
Bonjour l’Apocalypse. Sauve qui peut la femme!
Aline
: Monsieur
Borges, Puis-je me permettre de vous le rappeler? Parler de
fin du monde est aujourd’hui d’une grande banalité.
Borges
: Je sais. C’est
tombé dans le domaine public.
Aline
: Va-t-on
éternellement me reprocher d’être venue devant vous?
Borges
: Que
s’accomplissent les prophéties, femme première.
Aline
: Je suis une
femme. La première. Une femme ça demande des comptes.
Celcius
: Mais qu’est-ce
qu’ils se racontent ceux-là? Sont totalement chtarbés? Je
n’y comprends rien, mais alors rien de rien! Elle, par
contre…
Jacques
: Elle?
Celcius
: Elle a un petit
quelque chose…
Jacques
: Je sais. Une
certaine profondeur inquiétante.
Celcius
: Ce n’est pas
toi qui compares la femme à un trou noir?
Jacques
: Si fait,
Celcius. Si fait. J’ai eu ce moment de lucidité.
Celcius
: Jacques, tu ne
vas pas me croire. J’éprouve quelque chose. J’éprouve
quelque chose d’analogue à…
Jacques
: À?
Celcius
: À cette
réception, à Mexico, chez le ministre de l’agriculture.
Jacques
: Je crains le
pire…
Celcius
: Cette femme de
ménage vient d’aspirer mes complexes.
Jacques
: Voila autre
chose!
Celcius
: D’épousseter
mon entendement, d’ouvrir les fenêtres de mon âme.
Jacques
: Dans un instant
elle va faire la vaisselle…
Celcius
: J’en tombe
amoureux. C’était écrit. Mektoub! Il tombe à terre, baise
le sol à trois reprises en direction d’une Mecque
imaginaire et (chantant sur la gamme arabe comme un muezzin
déclame) J’en tombe amoureux, c’est elle, c’est elle, c’est
l’écriture.
Borges
: Il existe
d’autres choix Monsieur Celcius.
Aline
: (souriante,
s’avance vers Celcius) Amoureux de moi? Relève-toi donc
Celcius.
Celcius
: De toi, oui.
Pardon, Diosa!
Aline
: Ça, c’est
nouveau. M’as-tu bien regardée Celcius?
Celcius
: Non! Mais je te
vois.
Aline
: Tu me vois? Et
voici que se lève un esprit naïf qui me voit autrement!
Touche-moi!
Celcius
: Rien de plus
que le bas de ta robe, tu m’intimides vachement.
Aline
: Sens-moi!
Celcius
: Tes yeux sont
si profonds qu’en m’y penchant pour boire j’y perds la
mémoire. Je cite mal mais je cite. Tu aimes la poésie?
Aline
: Non. Mais je
l’inspire. Et Moi? Je ne t’inquiète vraiment pas? (à part)
J’ai
fait trembler la chrétienté à l’an mille et depuis quelque
temps le Strategic Air
Command. Sans parler de Times square tous les 31/12!
Celcius
: M’inquiéter?
Sur le plan social? J’ai assez d’argent pour t’imposer au
monde. Écoutez-moi vous tous, acteurs, public, metteur en
scène, percepteurs et
critiques : j’épouse une femme de ménage!
Borges
: Une femme qui
s’apprêtait à faire le ménage à fond.
Jacques
: Et
définitivement.
Aline
: Et sur le plan…
personnel?
Celcius
: Alors là! Tu
serais le diable que je te suivrais dans ton enfer avec
joie!
Aline
: Et même au
delà?
Celcius
: Et même.
Borges
: Jacques?
Jacques
: Père?
Borges
: Ce Celcius sait
parler aux femmes.
Jacques
: Pour ça oui,
Père.
Borges
: Ça n’a jamais
été mon fort. Du moins à en croire les Juifs.
Jacques
: Ils exagèrent,
Père, du temps de la Grande Déesse Ishtar, ils ont beaucoup
emprunté aux Irakiens.
Borges
Et toi,
Apocaline? Quel sentiment te traverse-t-il?
Celcius
: Mais pourquoi
l’a nomme-t-il ainsi?
Jacques
: Chuuuuttt une
partie se joue.
Les glougloutements reprennent. C’est fait avec un vocoder,
il y a des mots dans
les bulles, des mots en ébullition.
Borges : Vas-tu me demander une
variante?
Aline
: J’y pense,
Monsieur Borges.
Borges
: Un report de
partie?
Aline
: Si tel est
votre bon vouloir, oui.
Borges
: C’est ça les
hommes. Merveilleux. Incroyables. De vrai Toons qui se
rient du danger. Imprévisibles même pour leur designer. Ils
se mettent dans les pires situations en conservant un
optimisme totalement idiot. Mais le plus hallucinant
c’est que ça marche. Celcius, tu es un Saint.
Celcius
: Moi? Je pensais
plutôt être un sale type.
Borges
: C’est la même
chose. Crois-moi, c’est un Docteur qui te parle.
Celcius
: Qui va le
croire? Je pars avec elle! J’ai la tête pleine de projets.
Aline
: Alors? Le ciel
peut attendre? Vous deux, vous rirez après notre départ.
C’est une clause additionnelle, je viens de l’ajouter.
Borges
et Jacques : Voui.
Aline
: Je te préviens,
Celcius, je serai ta dernière femme.
Borges
et Jacques : Accepte, accepte.
Celcius
: La dernière, et
même la première Aline. Il n’y aura qu’une seule
représentation.
Borges
et Jacques : Accepte, accepte.
Aline
: Et ce jour venu
la première sera la dernière.
Borges
et Jacques : Accepte, accepte.
On entend débuter la valse à mille temps de Jacques Brel,
en sourdine. Elle
n’éclatera plein volume qu’après la dernière réplique de
Borges.
Aline
: C’est assez
dans mon style. À vous, Monsieur Borges.
Borges
: À moi,
Apocaline. Un petit détail toutefois. Fais-moi plaisir et
ficelle Jacques sur cette chaise, solidement.
Aline
: Ce sera avec
plaisir, Monsieur Borges.
Jacques
: Mais Père…
Borges
: Ne t’inquiète
pas fiston, je suis simplement prévoyant.
Aline
: Voilà, voilà,
(elle chantonne la valse à mille temps) voilà qui est fait.
Ça vous va, Monsieur Borges?
Borges
: On fera avec.
Aline
: Adieu, Jacques.
C’était sympa de t’avoir connu… en femme de ménage.
Jacques
: Les hommes
adorent ça. Surtout le maire de New York. Un Mexicain!
Aline
: Reste gamin, ça
conserve. Et bonne chance.
Jacques
: Bonne chance
pourquoi?
Aline
: J’ai le
sentiment que tu ne vas pas tarder à le savoir.
Aline et Celcius sortent, tendrement enlacés. Un
compositeur fou doit avoir mixé cette marche nuptiale à n
dimensions que l’on entend. Borges pose son plumeau
et s’approche de Jacques. Dans le divan les deux Mexicaines
se sont réveillées et se livrent à de lents jeux de jambes.
Croisé, décroisé. C’est tellement somptueux que les
spectateurs ne suivent plus le texte principal. La lumière
baisse.
Borges
: On n’avait pas
le choix mon fils. Fallait terminer cette pièce et couper
l’herbe sous les pieds d’Apocaline Lilith. Ça n’est pas
tombé loin!
Jacques
: Oui Père. Mais
franchement, qu’est-ce que je fais là?
Borges
: La continuité,
voyons.
Jacques
: La continuité?
Dois-je comprendre que…
Borges
: Tu dois. Il n’y
avait aucune autre solution pour désamorcer l’Apocaline. Tu
es prêt? Attend… Je reprends ce plumeau, je vais à la
bibliothèque, et je commence le décompte.
Jacques
: Vous êtes
moderne!
Borges
: Depuis le temps
qu’ils balancent des fusées sous mon nez j’ai remplacé la
prière par le check list. Cinq!
Jacques
: Àvous!
Borges
: Non. À tout à
l’heure. Quatre!
Jacques
: Je vis
intensément! Pourvu qu’on trouve une variante…
Borges
: Trois!
Jacques
: Deux secondes
c’est toutes les secondes, une c’est comme s’il n’y en
avait plus…
Borges
: Deux!
Jacques
: Bonjour, monde
affreusement féminin.
Borges
: Un!
Jacques
(ferme les yeux,
tranquille, chante une note de mantra) Ommmmmm.
Borges
: Action!
Pleins feux. Josefina bondit sur ses jambes. Elle a
retrouvé sa cravache, mouline à tours de bras, et la
brandit avec un sourire moqueur en direction de Jacques
puis se tourne vivement vers Alma.
Josefina
: Et voila le
travail ! Du cousu main !
Borges
: Bravo,
Josefina! Un bon lever de rideau!
Josefina:
(interloquée) Mais… Que faites-vous là? Vous?
Borges
: Je te
souhaitais bonne chance.
Josefina
: Vous n’êtes pas
encore arrivé dans mon texte!
Borges
: Tout va si
vite. Sois brave, comme tout à l’heure.
Josefina
: (elle désigne
Jacques) Et lui? Il n’est même pas bâillonné!!
Borges
: Ça ne saurait
tarder, te connaissant.
Il balaie la scène de regard, adresse un bon sourire à
chacun, jette son plumeau et se dirige vers la porte.
Josefina
: Vous prenez le
large?
Borges
: Pas cette fois.
C’est lui qui me prend.
Jacques lève les yeux au ciel. Josefina ouvre des yeux
carrés sur lesquels les lumières baissent rapidement.
Dernier effet de poursuite sur son visage. La musique de
Brel éclate.
Rideau.
2) Bas les
masques!
Les acteurs se réunissent en
coulisses pour bavarder. Les filles se démaquillent et se
mettent à l’aise. Dieu se prépare à enlever sa barbe, ils
papotent. Éventuellement‑: le jeu du lecteur, des acteurs
ou du metteur en scène peut être celui de remplacer les
machin, truc, chose par les noms d’acteurs connus de
théâtre ou de cinéma ou de télévision. Imitations
bienvenues. Il faut que la pêche dans le vivier
international soit amusante. C’est l’équivalent de la
cadence du concerto classique ou de la Comedia del Arte, on
improvise, on arrange. Les signes
{{ }
désignent des espaces ouverts à
l’improvisation.
Borges‑:
Cette pièce est tuante. Vous avez vu le monologue que je me
tape Trois pages de texte serré sans pause! J’espère au
moins avoir été divin!
Josefina‑:
Tu rigoles C’est moi qui mène cette pièce d’un bout à
l’autre. J’en suis le premier violon. Il y faut du souffle,
un bon accent latino et une de ces présences! Je te dis
pas!
Alma‑:
Oui Josefina, mais la grande tirade des Alines, tu peux la
lire veinarde. Nous, on est bons pour le par cœur.
Josefina‑:
Encore heureux. Mais il faut la mettre en évidence.
Celcius‑:
Moi, j’ai énormément travaillé mon masque
facial.
Alma‑:
Pour passer de Celcius à Pedregal
Celcius‑:
Voui. Je me demande d’ailleurs ce que l’auteur cherche à
exprimer quand il nous fait dire «‑Voui‑». On dirait le
présentateur du 20‑heures quand il se traîne devant les
caméras.
Borges‑:
Sais pas, mais je me demande qui est l’auteur. Aux
répétitions il restait dans l’ombre. Tu ne dis rien Jacques
Jacques‑:
Non, Père… (éclat de rire
général) Frère, ami, collègue, quoi. Je ne
dis rien. J’ai mes raisons. Je lisais les critiques.
Aline‑:
Oh Elles sont bonnes
Jacques‑:
Hélas oui! Superbes.
Tous‑:
(consternés)
Ooooooooh!
Jacques‑:
Aussi bonnes que des critiques peuvent être. Dans la limite
de leur univers. Josefina, on te compare à chose Et
toi Alma, à la fille de machine. Quand à Aline, alors là…
Aline‑:
Les cons. En tous les cas je dépoussière le rôle de la
femme de ménage.
Celcius‑:
Un rôle en or Aline. La servante maîtresse, c’est un opéra
classique. Le bruit court que nous évoluons tous dans un
livre. Un livre qui serait la coquille de cette pièce de
théâtre.
Alma‑:
Un livre Quel livre
Celcius‑:
Je ne sais pas qui est l’auteur, on m’en a parlé. Aux
répétitions il restait dans l’ombre. Quelle drôle d’idée de
garder l’anonymat!
Borges‑:
Sans déc Jouons donc au jeu de la réduction.
Tous‑:
Ah! Bonne idée!
Borges‑:
Jacques, tu donnes les réponses. Je sais que tu le peux.
Seulement des «‑oui‑» ou des «‑non‑» eh
Jacques‑:
Vous y tenez Pourquoi chercher l’auteur Vous serez
fatalement déçus! Quand on aime le beurre pas besoin de se
faire la vache!
Josefina‑:
Nous y tenons, figure-toi!
Jacques‑:
Ce que femme veut…
Borges‑:
L’auteur est-il dans ce pays
Jacques‑:
Oui.
Aline‑:
C’est un professionnel
Jacques‑:
Non.
Josefina‑:
Nous le connaissons
Jacques‑:
Oui.
Alma‑:
Est-il dans ce théâtre
Jacques‑:
Oui.
Celcius‑:
Sur cette scène
Jacques‑:
Oui.
Alma‑:
C’est Celcius…
Jacques‑:
Non.
Josefina‑:‑:
Celcius est trop con!
Celcius‑:
Merci!
Aline‑:
C’est Borges ou toi.
Celcius‑:
Pour moi c’est la divine Aline. Elle se sera fait un rôle à
sa mesure! Jacques, est-ce Aline
Jacques‑:
Non.
Josefina‑:
Comme ce ne peut être ni Alma ni moi les choix diminuent
singulièrement. Il ne nous reste qu’à tomber les masques.
Êtes-vous d’accord Oui Que Jacques continue.
(pleine de
dédain) Il
a si peu de texte depuis le début.
Ils se mettent en rang,
Jacques les passe en revue. Chacun se fige dans un garde à
vous militaire quand il est inspecté.
Jacques‑:
Toi, Josefina, tu mènes cette pièce et ta vie avec
bravoure. Tu es un vrai premier violon, avec le sale
caractère que ça implique. Tu es une tendre mais tu aimes
te donner l’aspect d’une furieuse. Ça t’allège, on te
comprend. Ça te donne aussi des satisfactions non
négligeables. Côté gauche‑: tu es une petite nana myope et
égoïste qui doit son succès à son indifférence. Tu n’es pas
capable d’aimer autre que toi. Ta sexualité est
fondamentalement narcissique, disons masturbatoire. Tu
crois que tu te fous de tout et que les hommes viendront à
ta botte chaque fois que tu claqueras de tes petits doigts.
Jusque là ça marche! Tu ne jouis jamais entièrement, tu es
peut-être même frigide. Seule ta propre image t’excite.
Mais le temps joue contre toi et ton empire est promis à un
bref écroulement. Côté droit‑: Tu es belle, tu es drôle, tu
fais bouger l’espace et ton rire est infiniment séduisant.
Tu as aussi un grand sens de l’injustice sociale même si tu
le caches. Tu mourrais pour la une revolucion mais… elle
n’éclate que dans ta tête. Tu es une femme mec. Tu es
l’énoncé du problème de la femme. Tu es la non-Ève. J’aime
ton allure de battante. J’aime aussi ton aspect de lieuse,
bien que la plupart du temps tu m’empêches de m’exprimer.
Tu revêts les attributs anciens de la femme, rigueur, fouet
et épée. Merci d’avoir laissé ton épée au vestiaire… Mais
que t’arrive-t-il Il t’arrive la vie. Tu passes du côté
d’Ève. Il t’arrive quelque chose d’épouvantable, ton usine
te prend en otage. Tu as envie d’avoir des enfants, ton
corps va gagner cette bataille, contre ta tête. Je te salue
et je te regrette. Nous te voyons, en pleine gloire,
arriver au terme de ton chemin, au bout de ton monde. Tu
seras sans histoire mais tu seras probablement heureuse, je
te le souhaite, encore que le bonheur je n’y comprenne
rien.
Josefina‑:
Ah L’auteur ne se mouche pas avec le dos de l’écuyère. Je
t’ai fait mourir de désir, tout le monde n’a pas eu cette
chance! Du dominé et de la dominante dis-moi donc qui est
le marionnettiste Je te reconnais le sens de l’humour. Dans
cette pièce, Alma et moi jouons des dominatrices cocufiées
sur fond de fin du monde. De plus quelqu’un me met la main
à l’ADN! Nous verrons bien ce que valent tes prédictions.
Jacques‑:
Toi, Alma. Tu es un merveilleux second violon. Tu possèdes
une nature aimante et douce. Sans toi les mélodies
n’auraient aucune saveur. Tu es faite pour l’amour mais je
crains qu’il ne soit fait pour te détruire. Tu aurais
accepté les hommes tels qu’ils sont si tu n’avais pas
rencontré ta grande et fatale copine. Du coup il te semble
que tu rates quelque chose. Que t’arrive-t-il Une petite
régression vers l’amazone. Il te reste un peu de temps pour
tourmenter les hommes et tu adorerais t’y mettre. Vas-y!
Avant que l’usine ne te convoque. Ne ménage pas ta peine et
n’écoute personne. Sois la prochaine Josefina mais sache
rester froide de temps à autre. La torture te tente Tu as
découvert que c’était la forme ultime de la communication
Alors un conseil‑: sache les tourmenter dans le plaisir. Ne
les tue pas sottement, pour rien, pour une mauvaise
lunaison‑: être un homme asservi tu sais, c’est si
difficile!
Alma‑:
Ils sont si fragiles
Jacques‑:
Oui. Tu n’auras pas de seconde chance. Fonce. D’ailleurs je
postule, si ton agenda n’est pas déjà surbooké.
Alma‑:
J’en prends bonne note, à tout à l’heure Jacques
Jacques‑:
A tout à l’heure, si Borges veut. Toi, Celcius, tu es un
carburateur. Tu es le plus simple de tous donc le plus
manipulé. Finalement tu es le plus universel. Ce qui
m’ennuie c’est que je me demande ce que tu vaudras quand
nos deux ex-futurs Angiospermes seront passées de l’autre
côté. L’homme n’aime pas les femmes, Celcius, et je te
trouve diablement masculin. Vas-tu aimer une vraie femme
J’en suis moins que sûr. Tu aimes la chasse, tu aimes
lâcher ton petit big bang dans leur ventre. Tu es comme
nous tous, probablement mauvais. Tout ça explique peut-être
pourquoi tu t’en vas faire un tour du côté de chez
Apocaline. Qui d’autre peut te fidéliser Vis ta vie! On est
des spermatos! Tu es moi, je suis toi, on est le groupe, la
compétition, on n’a rien de plus à se dire.
Celcius‑:
Mais tout à partager
Jacques‑:
Voui… Reste Aline aux noms multiples.
Aline‑:
J’aime bien mon rôle. Je ne vois personne pour le tenir
aussi bien que moi.
Alma‑:
Puisse la modestie t’étouffer petite peste. Et si tu te
contentais de faire des ménages et de te taire
Aline‑:
Le subalterne, c’est plus dans ta nature que dans la
mienne…
Celcius‑:
Jacques, il paraît qu’une inconnue t’emmène de nuit au fond
des océans
Josefina‑:
Et chastement qui plus est! C’est vrai
Jacques
: C’est vrai!
Alma‑:
(à
Josefina) C’est toi
Josefina‑:
Chastement Sûrement pas. Moi, au lit, je moissonne!
Celcius‑:
Je pense que c’est la femme de ménage.
Josefina‑:
Pfff! Si elle se contente des restes…
Aline‑:
Quoi Ça n’est pas moi!
Josefina‑:
Tu faisais des heures sup sans le savoir, ma belle.
Jacques‑:
Je n’avais pas fini. Il reste donc Aline aux noms
multiples.
Aline‑:
Alors Qui suis-je
Jacques‑:
Tu es probablement ce que nous sommes convenus de nommer la
séduction. L’amour.
Aline‑:
Tu m’étonnes!
Jacques‑:
L’amour vu par les hommes. Celle qu’on ne possède pas, la
fleur carnivore, la passante, l’inaccessible, le mépris.
Super succube. Finalement, tu incarnes le désir masculin
mieux qu’elles, les hommes ont désespérément besoin de
désirer celle qui leur échappe comme de fuir celle qu’ils
tiennent (il désigne les deux
Mexicaines) et, chose essentielle, tu es la
seule qui ne change pas dans ce récit.
Aline‑:
Peut-être, mais moi, j’emmène Celcius avec moi!
Jacques‑:
En attendant de nous emmener tous, oui! Tu personnifies la
séduction car tu es excessivement froide. Tu clignotes,
Aline. C’est tantôt oui, tantôt non. Tu es belle mais tu es
insaisissable. À quoi sers-tu si ce n’est à la désespérance
Tu es une protofemme! Un début de déesse. Tu domines ton
usine. Tu nous domines tous. Je crois que de tous ces
personnages que j’ai dessinés tu es le plus puissant.
Aline‑:
Nous y voilà! L’auteur de cette pièce c’est donc toi
Jacques‑:
Oui.
Tous‑:
Ooooohhh!
Jacques‑:
Oui. Je vais vous expliquer.
Borges‑:
Putain! Je me demandais quel auteur avait osé me faire
passer d’un Dieu bibliothécaire sans grand relief à un Dieu
blessé si dramatique
Jacques‑:
En fait, c’est perso…
Alma‑:
Et nous, on devient quoi‑dans tes écritures
Jacques‑:
Si personne n’intervient vous irez tous au paradis.
Josefina‑:
M’en fous, je suis enceinte de…
Tous‑:
Aaaaaaaahhh!
Alma‑:
Et moi de…
Tous‑:
Oooooohhhhh…
Aline‑:
Ça suffit tous! Écoutez‑: je me mets avec M.‑Borges.
Tous‑:
Euuuuuuuhhhhh…
Aline‑:
Ça vous donnera du temps pour de nouvelles intrigues!
Tous‑:
Hééééééééééé!
Jacques‑:
(Au
public) Mes amis, ce que vous venez de
voir est rassurant. Regardez mes personnages. Je suis
démasqué. Mais à peine sont-ils sortis de mon texte qu’ils
respirent et s’ébrouent. Ils font les cons. Ils pratiquent
cet antique sport de glisse qu’est le cocufiage. Il a suffi
que je réunisse six personnes - dont votre serviteur - dans
le même espace pour qu’ils ne puissent plus cesser de faire
les cons. C’est parfait! Il n’y a que deux manières de se
rassurer‑: faire le con ou se prendre pour Dieu. En ma
qualité de Dieu provisoire je le vérifie une fois de plus‑:
mettez des gens ensemble et laissez-les parler, donnez-leur
le libre arbitre, ils ne feront ni la guerre ni l’amour.
Ils feront les cons. Vous autres, les critiques tapis au
fond de la salle, je viens de rédiger votre papier. Allez
donc faire les cons! Et toi, mon cher public. Va donc
gentiment faire le con, chez toi, chez ta maîtresse ou ton
amant, va te bourrer la gueule et évite trois choses. Ne
prend ni le volant ni la femme de ton copain. Ne donne pas
de conférence et ne publie rien. Ne baise pas la femme de
ménage si elle se prénomme Aline, c’est un cas d’école.
Vous savez quoi Je trouve que notre époque, ce moment même,
ressemble étrangement à la fin du monde! Vous ne trouvez
pas J’avais d’autres titres pour cette pièce.
La
Tempête,
mais c’est pris. Beaucoup de bruit pour
rien,
c’est pris aussi et c’est fort dommage. Le
Potencuf,
c'est trop technique et ça n’est pas explicite.
J’la kiffe grave
cette go! c’est tendance mais ça n’aurait
pas tenu deux minutes. Super
nanas,
c’est trop convenu. J’aimais assez Super filles!
Ciel! mais
c’est trop intello pour les schmiels qui achèteront leurs
billets. J’avais aussi la Bibliothèque de
Babel,
mais c’est encore pris. Finalement Les Angiospermes
ça n’est pas si mal.
J’avais intitulé cette séquence «‑Critique des
Angiospermes‑». J’imaginais que mes personnages se
réunissaient sur scène, après la représentation, et qu’on
parlait de cette pièce, de son contenu. Mauvaise idée.
C’est effectivement cinq personnages en quête
d’auteur qu’il fallait utiliser. Leur quête
est finie, ils m’ont démasqué. Borges!
Borges‑: Oui
Jacques‑: (A voix forte)
Tu restes avec moi,
les autres partez.
Les acteurs saluent, un par
un, et quittent la scène à la manière de la Symphonie des
Adieux de Haydn. Un quatuor à cordes joue une musique et, à
chaque sortie une voix se tait. Josefina, premier violon,
avec défi et son large sourire. Elle défi(le) devant tous
les personnages et leur adresse une mimique appropriée.
Alma second violon, redevenue très jeune fille naïve, se
livre à quelques pas de fausse modestie. Aline violon alto,
exécute par geste la fin du monde, ce sont des boîtes qui
entrent dans des boîtes qui entrent dans des boîtes. Tout y
passe, les acteurs, Jacques et le Public. Une ou des
poursuite(s) l’aident à faire passer son message. Celcius,
enfin, violoncelle. Il mime le grave et le futile, se
protège de plantes carnivores imaginaires, retrouve sa
dignité et sort, saluant bien bas. Cette sortie est entre
un mini ballet et une pantomime.
Borges‑:
Tu me convoques, maintenant!
Jacques‑:
Minute. Tu n’es plus Dieu.
Borges‑:
C’est juste. Mais où est Dieu
Jacques‑:
Je vais te le dire.
Il se promène sur la scène, scrute le public de diverses
manières.
Jacques‑:
De toutes les solutions possibles c’est toujours la plus
simple qui s’avère juste. C’est le rasoir d’Occam. Tu vois
Borges, tu as magnifiquement joué ce rôle de Dieu et bien
entendu, tu savais que ce Dieu n’était pas grand-chose,
moi, tout au plus, c’est tout dire…
Borges‑:
Je ne le trouvais pas si mal que ça. Un peu classique.
Jacques‑:
C’est tout le problème. Je le connais un peu, à la mesure
de mes moyens. Il en a marre tu sais, il a le blues c’est
vrai. Je crois que nous devons l’aimer avec un peu de
simplicité. Car il est là.
Borges‑:
Moi
Jacques‑:
Non. Lui!
Borges‑:
Je ne vois personne…
Jacques‑:
Regarde avec ton cœur. Tu vois ça C’est la scène. De
l’autre côté, si tu regardes bien tu le verras.
Borges‑:
Tu veux dire que Dieu a acheté un billet
(Il s’avance vers
l’avant scène et scrute à son tour le public)
C’est un peu sombre.
Poursuite s’il vous plaît.
Jacques‑:
Quand j’ai écrit tout ça je me suis dit qu’il y avait plein
de choses intéressantes mais qu’il faudrait surtout y
mettre beaucoup d’amour. Je n’ai pas réussi, les mots m’ont
filé entre les doigts. Beaucoup d’amour, pas facile! Je
viens de me rendre compte qu’on n’a pas le droit de mettre
en scène. Quand on donne un coup de projecteur et que nos
personnages s’animent on doit les suivre. Avec beaucoup
d’amour. On doit partir avec eux. Faire des enfants c’est
facile mais accompagner et assumer, c’est…
Borges‑:
Y mettre beaucoup d’amour. Oh! Regarde!
Jacques‑:
Quoi
Borges‑:
Là. Dans le public. Cette jeune femme.
Jacques‑:
Ne me parle plus de jeunes femmes jusqu’à demain soir!
Borges‑:
Tu n’y es pas. Vois! Elle s’éclaire. Elle sort de l’ombre.
Jacques‑:
C’est vrai… Comme c’est bizarre, comme c’est étrange…
Est-ce qu’on la connaît
Borges‑:
Non, je ne crois pas… Mais c’est peut-être ça l’amour Les
autres Ah! Ça n’est pas tout. Il y a une autre lumière dans
cette salle. Là! Ce vieux monsieur. Il prend lumière lui
aussi!
Des poursuites s’allument au
fur et à mesure du discours de Borges, ciblent des
personnes précises dans la salle.
Jacques‑:
Dois-je appeler les pompiers
Borges‑:
Il n’a pas l’air de souffrir, d’ailleurs cette illumination
bouge! D’autres visages sortent de l’ombre. Regarde! Cette
personne, là, ici! Elle paraît vraiment énigmatique!
Jacques‑:
Et sa voisine réjouie!
Borges‑:
Tu sens ce que je sens
Jacques‑:
Que sens-tu Je crains le pire… Serions-nous en train de
découvrir l’Amour
Borges‑:
Tu viens d’y consacrer un livre!
Jacques‑:
Dis plutôt une bouteille à la mer! Mais tu as raison : la
lumière change de camp.
Borges‑:
Elle nous quitte. Elle va vers la salle. Nous rentrons dans
l’ombre.
Jacques‑:
L’Enfer, alors… ce n’est pas les autres
Borges : Non.
Mais c’est peut-être le moment de nous retirer. il me reste
une question.
Jacques
: Vas-y!
Borges
: Tu as démonté tout
le monde.
Jacques‑:Sauf
toi.
Borges
: Parce que je joue le
rôle de Dieu. Tu n’as pas envie de démonter Dieu.
Jacques‑:
Ah que non! J’aimerais pouvoir aider à Le remonter.
Borges
: Tu pourrais conclure
en te démontant… toi!
Jacques‑:
Tu penses que ça ferait une bonne fin D’accord.
(Il s’assied,
face au public, à même le sol) J’ai fait une pièce pour la scène
et un roman, le tout un peu mélangé. Chez moi un roman ça
parle toujours de diverses choses en même temps. On dit de
moi que je suis un…
Borges
: Inclassable.
Jacques
: Je fais un roman
opéra, un roman-essai, un roman fiction, je me suis habitué
à être classé comme…
Borges
: Un marginal.
Jacques
: Tu me connais! Je
n’ai pas beaucoup d’imagination. Par contre je suis un bon
transformateur alors j’absorbe beaucoup, tout, presque
tout. Ça donne que je n’entre pas…
Borges
: Dans les collections
toutes faites.
Jacques
: J’ai donc tiré de ma
vie toutes les situations de cette histoire. Mes
personnages, je les ai beaucoup aimés mais, comme mes
enfants, ils sont devenus indépendants. Ils existent. Ils
sont quelquefois aussi indécents que je les montre,
quelquefois plus. Ils sont incohérents, c’est normal, ils
vivent. Les Angiospermes c’est quoi ? Une comédie de
boulevard sur toile de fin du monde.
Borges
: La fin du monde
Pourquoi la fin du monde
Jacques
: Nous avons tous un
sentiment de fin du monde. Jean d’Ormesson ne dit pas autre
chose et c’est peut-être pour cela qu’il dit «‑Si c’était à
revivre Une fois c’est bien, merci beaucoup!‑» Où sont les
livres et les films optimistes Hollywood n’a cessé de
mettre en scène la destruction de l’Empire. Et c’est
commencé. Par celle des plus faibles. La nôtre aussi. Un
mot sur toutes les lèvres, apocalypse, tu en connais ma
version féminine. Nous sommes peut-être tous devenus trop
vieux Le système accélère-t-il le temps Je n’en suis pas
sûr. Ce soir c’est du théâtre. Demain la guerre. On rêve
toujours beaucoup lors des veillées guerrières. Il se
produit un fragile miracle de communication entre ceux qui
vont s’affronter. Tout est possible, jamais ça n’a été
aussi virtuel, ouvert et sincère. Nous pourrions tout
arrêter, nous le savons. Mais tout ça c’était hier, le
monde manque de poètes et de visionnaires. Comment
sera-t-elle cette guerre Fraîche
et joyeuse Ou terne comme de la poudre d’uranium Vous allez
le savoir. Je me demande parfois de quelle guerre nous
parlons. L’actuelle ou celle de toujours Elle a commencé
bien avant qu’on ne la déclare. Elle était là, en attente.
Tout ce que je viens d’apprendre sur les fous américains me
donne envie de vomir. Une fois de plus le monde va manquer
de lumière. Il va peut-être vers le froid, vers l’obscur
certainement. Que s’est-il passé entre la lumière
méditerranéenne de la Grèce et Nacht und Nebel Rien,
presque rien. l’Église, la Réforme, la conquête des
Amériques, le Sacre des marchands. Et maintenant
l’Amérique. On savait qu’elle serait au devant de la scène
en cette transition de siècles. Mais pas à ce point là, pas
comme ça. Alors, jeune Empire américain! Tu
veux nous balayer Assurer ton petit confort par des guerres
préventives Tu n’es même pas original. Ce superbe porte
avion pourfendeur d’océans et ses avions cracheurs de feu,
c’est une belle illusion, je le reconnais, vous en avez
construit beaucoup dans ce genre. Mais vous avez perdu
votre âme. Vous l’avez changée en pétrole et vous y avez
mis le feu. Vous ne tuerez que vous même. Je pense à toutes
ces âmes prises en otage par quelques malades. Comme ça
doit être dérangeant de savoir qu'on est parlé par quelques
fous! Les Américains savent maintenant ce qu’ont vécu les
Allemands après Munich. Ne parlons plus des crimes de
l’Empire, il se fera justice. Et le terrorisme Ils l’ont
voulu. Il fallait bien que quelqu’un prenne la parole.
Sais-tu, Borges quelle est la seule grandeur qui ne change
pas dans l’univers
Borges : Le
changement. Et toi, Jacques, sais-tu quelle est la seule
chose dont on ne manque jamais quand on en fait don
L’Amour.
Jacques
: Mais il faut être à
la hauteur! J’aurais voulu, avec ces textes, vous apporter
beaucoup d’amour. C’est difficile. J’ai manqué de
simplicité. Je reviendrai. Quand cette salle sera pleine de
lumière, je me tairai. Vous serez demain, je serai la nuit.
Quel silence!
Borges
: As-tu une ultime
déclaration a faire, avant que la lumière ne passe côté
public
Jacques
: Oui, je crois que
oui.
Borges
: Et
c’est
Jacques
: Les gens qui croient
que je parle de sexe dans mes livres sont des imbéciles.
Borges
: Et de quoi donc
parles-tu?
Jacques
: De pas grand chose.
De la nécessité d’avoir une illusion. L’Amour fait
l’affaire.
Finale de la symphonie en ut
majeur dite Jupiter de
Mozart.
Table des matières
Chandro
...................................................................................................7
Les Angiospermes (I)
.............................................................................11
La génialité masculine contestée
.............................................................21
Les Angiospermes (II)
............................................................................25
Jean-Jacques n’avait pas tort
..................................................................31
Les Angiospermes (II, suite)
...................................................................35
René n’est pas d’accord
..........................................................................41
Marines nocturnes
.................................................................................45
Andante appassionato (III)
.....................................................................47
Mort et transfiguration
...........................................................................51
de Jean d’Ormesson.
..............................................................................51
Une théorie de Top modems
...................................................................55
Andante appassionato (III, suite)
............................................................57
Loin de la théorie des cordes+
................................................................63
Solo (IV)
................................................................................................71
Prolégomènes
........................................................................................75
Tout se fit ombre
...................................................................................79
Intermezzo (V)
.......................................................................................81
Phoque you+
.........................................................................................87
Rien ne va plus
......................................................................................89
Le nez de Cléo
.......................................................................................93
Les Angiospermes (VI)
...........................................................................95
Sauve qui peut La Femme
.....................................................................103
Au pied du mur
.....................................................................................105
Les Angiospermes (VI, suite et fin)
........................................................115
Théorie des cordes
................................................................................119
Marines dernières
..................................................................................121
Les Angiospermes, critique de
................................................................123
Le Schéol
..............................................................................................125