De la fugue
Disposant du programme Vision je me suis mis, à temps retrouvé, à écrire quelques fugues ce qui au Conservatoire me répugnait. J‘adorais le contrepoint mais mes professeurs étaient trop nuls. Sur une partition qui s’écrit en temps réel c’est fascinant. Les enfants de Lacan devraient s’essayer au structuralisme musical à la maniére de Bach. Aucun moyen de tricher. La musique, quand elle existe, se passe de jargon. Personne n’égalera le Cantor de Leipzig mais je comprends, en écrivant et corrigeant mes structures horizontales qu’il existe une obligation d’audace en ce domaine. Si l’on ne superposait que des consonnances (éléments théologiquement corrects) la polyphonie serait ennuyeuse. On découvre que dans le développement musical il existe en permanence des obligations de transgression. En simple, la nature d’une ligne mélodique (horizontale) transgresse par instants la logique divine (verticale, harmonie) pour mieux la rejoindre à terme. Elle doit en effet se dérouler et aller quelque part, elle pêche parce qu’elle est en chemin. Chez Bach tout se termine dans la maison de Dieu. Dans la société actuelle la multiplication des parcours horizontaux (individuels) débouche sur l’anarchie. Xenakis trés bien de ce point de vue, il a noté du chaos musical en 1950 déjà, j’ai vu ses classeurs bourrés de calculs faits à la main. N’importe quel synthétiseur aujourd’hui vous vend du chaos sous le nom de « random », fonction aléatoire. Mais pas du Bach. Mes propres fugues ne me serviront à rien mais elles me donnent du plaisir. Elles me résistent. Une belle fugue est une fugue insolente.