La forme moderne de la prière


La forme moderne de la prière c’est le check list. Cette incantation est particulièrement évidente dans le début du film Alien II quand une jeune femme (elle ne survivra que peu de temps) prend les commandes de la navette de transit vers la planète infectée. Son « all systems nominals » est dit de manière très rituelle. C ‘est une prière, une mantra des technologies modernes. De même que le dollar est Dieu aux USA, la check list est sa prière. Imaginez une check list amoureuse, trouvez Hortense…


lundi, 10 mai 1999
Épisode de la guerre au Kosovo, l’OTAN détruit l’ambassade de Chine. Les Américains plaident l’erreur. On nous explique avec candeur que les Américains disposent de l’ « humint » et de l’ « elint ». Renseignement humain et électronique. Il est vrai que la Yougoslavie est survolée en permanence par trois laboratoires volants qui retransmettent tout ce qu’ils captent à la NSA, centre d’analyse mondial souvent décrit dans des ouvrages de fiction politique. Quand je vole avec un GPS civil ma précision est de 15 mètres. Pour les militaires de 50 cm. L ‘écart entre les ruines de l’ambassade et d’autres bâtiments est de 150 m. Quelqu’un chez les faucons a donné un coup de pouce à l’irréversible mécanique de l’affrontement. Comment classer l’affaire
? En dommages collatéraux ou bavure? En « humint » ou « elint » ? Je vois que le jargon des technologies actuelles a remplacé morale et éthique, suivant en cela la langue de bois des politiciens. Deux jours Après la presse nous explique en quoi cette destruction est politiquement profitable… à la Chine.

L’incroyable regard équivoque de Bogarde

Dirk Bogarde ( de son vrai nom… Derek Jules Gaspard Ulric Niven van den Bogaerde ) nous quitte. Il a joué dans l’un des films les plus érotiques que j’aie vu, « The servant ». Dans une cuisine une jeune servante s’assied sur une table et croise les jambes. Rien de plus. L’incroyable regard équivoque de Bogarde (trouble, glauque, le Servant c’est lui) nous révêle aussitôt sa mise en soumission. Il est lié par ce signe de femme. Je croyais fantasmer mais des amis me confirment cette impression. D’ailleurs presque tout Bogarde est ambigü, Serpent, Portier de nuit, Permission to kill (avec timothy Dalton qui tournera plus tard License to kill…) et naturellement l’immense et insupportable « Mort à Venise » qu’il fallait voir dans les années 70/80. J’ai de la peine à le supporter aujourd’hui. À ne pas oublier « Modesty Blaise qui fut « la » James Bond anglaise avant le personnage de Flemming. Je ne retiens de mort à Venise que l’Adagio de la Véme de Mahler, des sons qui tournent dans l’air du soir, une stase, du malsain, de la beauté pallide de mort. Lenteur des regerts au crépuscule.

lundi, 17 mai 1999
La TSR passe « Show girls ». Mon fils s’étonne
: « que peux-tu bien trouver à ce film? J’ai décroché Après dix minutes.. ». Je lui explique qu’il ne connaît pas l’Amérique et que très probablement il ne connaîtra pas c ette amérique là. L’inoxydable vitalité du personnage de Naomi, femme sans qualités (elle danse, elle se bat), personnage sans culture à notre sens me rappelle touts mes séjours là bas, toutes mes rencontres, toutes mes fascinations. Malsain? Peut-être, comme l’attirance qu’éprouve Bogarde pour un adolescent à Venise. Ici ce n’est pas la beauté c’est la vitalité sauvage qui fascine dans ce royaume de corruption qu’est Vegas. André Corboz me dira quelques jours plus tard que la v italité américaine est liée « topologiquement » aux grands espaces américains. Pour cette raison la Suisse est molle. Sur le moment l’hypothése m’éclaire. J ‘en fais part à une brillante jeune inconnue qui traîne dans ces pages de ma vie. « Et le Japon? » dit-elle. C ‘est juste, le Japon est puissamment agressif en ce qu’il est trop petit. Y aurait-il une surface critique à l’intérieur de laquelle un pays s’amollit?
Les personnages d’Eve et Lilith éclairent l’intérieur de Show Girls (Crystal, Naomi). Chroniques lesbiennes américainement correctes.

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SM vénusien.
Venus Williams gagne une finale de cogneuses. Ses frappes étaient plus violemtes que celles de l’américaine Mary Pierce. Hélas, elle venge également sa sœur Serena en battant Martina. Merdalore. Mon renouveau de fierté nationale aura été bref… La presse suisse (très française en cela) réussit à ne pas titrer sur la défaite de notre excellente star (et toujours no 1 mondiale) et à charger Venus. Une brute arrogante nous sommes tous d’accord. Toutefois la grâce et l’intelligence vont devoir se manifester. L’argumentation amusante nous méne à penser que les américains parviennent à priver même le tennis de sa saveur. Nivellement par le brutal, fast food gauche droite… il y avait une certaine Chris Evert Lloyd dans le temps. Pourquoi ais-je l’impression que ce match est symbolique d’une guerre Suisse-Etats-Unis
? Standby.

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Documentaire TF1 sur l’art de taper son homme. Ce n’est pas nouveau mais ça l’est en France. Des salles de boxe conjugale commencent à s’ouvrir. Avec les protections d’usage Madame tape sur Monsieur. Rigolo
! C ‘est une approche gentille du sadomaso déjà tellement institutionnel. Les époux (amants compris) ont désormai le choix entre gants de boxe, cravache et scéne de ménage. J’opterai pour la deuxième solution plus classique. Si ça reste rituel on ne se casse pas les dents et…. on ne risque pas de mourir d’un cancer ou d’un infarctus. Tout ça tourne en effet autour des blessures émotionelles que s’infligent les couples. Quand cesseront-ils de se marquer pour la vie? Quand comprendront-ils qu’il ne faut pas dé-crire leur ADN? Le gestion de la violence dans le couple fait son chemin. Par d’étranges voies quelquefois, mais elle progresse.

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Revu U Turn d’Oliver Stone.


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Une guerre Suisse USA
? La Suisse gére 40% des capitaux offshore, les États-Unis 55% le reste ici et là. Ne cherchez pas la femme.

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L ‘entourage se demande ce que nous allons faire du réveillon « 2000 ». Personnellement je ne lui trouve aucun sens mais le milieu aime ça. J ‘avais proposé Times Square à cause de l’Homme stochastique de Silverberg. Mais c’est trop sale et trop dangereux. Si un fanatique arrive à introduire une arme nucléaire sur le sol américain (leur rêve, leur cauchemard) comment ne serait-il pas attiré par ce symbole
? Personnellement je pencherais pour Washington. Je suggére de passer le cap dans B25 à deux-mille pieds au dessus de l’Atlantique nord. C’est romantique, c’est Fail safe… Aparemment nous n’en avons pas les moyens. Nous passons le monde en revue. Mexico? Pourquoi pas? Mais quel Mexico? Le Viet-Nam serait très bien. Eviter de se retrouver dans notre propre culture et éviter les vendeurs de fête. Tout le monde s’accorde à dire que c’est impossible. Une conclusion s’impose: le bug de l’an 2000 ce sont les commerçants millénaristes de tous niveaux. Ambitieux je me contenterais du monastére de Sainte Catherine. Pragmatique… une étable, des animaux.

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On nous donne, à propos du Festival de Cannes, un bef cours sur Demi Moore. Plus belle femme du monde
? Des goûts et des couleurs… Le cinéma américain est riche de femmes superbes. À mon sens ce ne sont pas les Sharon Stone, les Demi Moore ou d’autres stars top niveau qui sont intéressantes. Quand on suit le parcours de Demi Moore on sent qu’il s’agit d’un sans faute, qu’elle est taillée pour réussir. Pourquoi manque-t-elle tellement de féminité? Elle est aussi peu féminine que Tom Cruse masculin. Les vraies valeurs du cinéma américain sont à mon sens les Geena Davis, Susan Sarandon, Lena Olin, Teri Garr, Jennifer Lopez, toutes celles que vous pouvez nommer « real people ». Julia Roberts est en équilibre entre la star et la réelle. Telles sont les impression que nousrecevons.
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De toutes les œuvres que j’ai dirigées certaines me restent comme des maîtres ou des femmes dans ma vie. Avec le Mandarin merveilleux de Bartok je me suis battu comme un démon, la premiére fois. Lors des concerts suivants (je n’aime pas dire éxécution..) je l’ai maîtrisée. Mais c’était trop technique, trop rapide, je n’ai fait que régler des comptes avec ce monstre et dans le finale j’ai tué la musique. Le Mandarin est un maître je reste son disciple. Avec la Nuit transfigurée j’ai reçu un enseignement. Au dela de la technique qui est complexe, il faut accomplir le voyage initiatique. La encore c’est Boulez qui nous a montré la voie. Anecdote curieuse la télévision française l’a filmé dans ce « Verklaerte Nacht ». En fin de premiére partie une présentatrice vient s’excuser du décalage « technique » intervenu entre image et son. Tout l’orchestre paraît être en retard. Je n’avais rien vu. J’avais pris ça pour le génie boulézien… car dans cette œuvre tout se donne à l’avance, c’est une valse à trois temps
: le chef agit dans le futur. L’orchestre joue dans le présent et le chef entend le résultat du passé. Je doute encore de cette assertion, la video nous montre Boulez dans le futur. Je préfére le voir ainsi. Avec la deuxième de Schumann j’ai appris à construire des mondes et surtout à m’unir à cent musiciens. Diriger cette œuvre c’est naître, vivre et mourir « on top », bien plus exaltant que les symphonies beethoveniennes. Nous autres chefs d’orchestre ne devons jamais dire je fais la « cinquiéme » ce soir. Beethoven l’a faite. Nous pourrions éventuellement dire « je sors » avec la cinquiéme, j’espére être à la hauteur. Pour moi les œuvres de Bach, Strawinskz et Bartok sont des maîtres. Celles de
Schumann, Mozart et Berg sont fes femmes. Rapports.
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Les vraies femmes du cinéma américain

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Sauver la Paix ?